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LA FIN DU RÉGIME FRANÇAIS À QUÉBEC



Une voile! une voile! a-t-on crié là-bas;
Et, minés par la faim, brisés par les combats,
Déguenillés, transis, vaincus de la souffrance,
Nos soldats ont poussé leur cri sublime:—France!
Doute affreux! Incliné sous ses huniers géants,
Un navire doublait la pointe d'Orléans.
De quel côté, mon Dieu, va pencher la balance ?
Maintenant les deux camps haletaient en silence.
Qu'on juge s'ils étaient poignants, accélérés,
Les battements de cœur de ces désespérés!
La pâleur de la mort glaçait tous les visages;
Les minutes étaient longues comme des âges!
Enfin, le lourd trois-mâts, toutes voiles dehors,
Et démasquant soudain ses deux rangs de sabords,
Vaisseau fatal sur qui l'ombre du destin plane,
Sous les canons du fort pare à se mettre en panne.
Nul étendard ne flotte à son mât d'artimon.
Est-il contre ou pour nous ? est-il ange ou démon ?
On ne respirait plus. Lévis, la mort dans l'âme,
Attendait calme et froid le dénoûment du drame.
Tout à coup, du vaisseau qui présente son flanc,
Un éclair a jailli dans un nuage blanc:
C'est un coup de canon. L'âpre voix de la poudre,
Répercutée au loin comme un éclat de foudre,
Va se perdre, sinistre, au fond des bois épais.
Et les guerriers saxons du haut des parapets,
Et les soldats français penchés sur les falaises,
Virent monter au vent... les trois couleurs anglaises!
Le sort avait parlé, notre astre s'éclipsait...

LOUIS FRÉCHETTE