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LE SIÈGE DE QUÉBEC PAR LE CHEVALIER DE LÉVIS



Après l'action de Sainte-Foy, qui avait duré trois heures, les Français occupèrent les Buttes à Neveu, et établirent leur camp dans ces mêmes plaines où ils venaient de venger si glorieusement leur défaite de l'année précédente.

" Dès le soir même, on commença les travaux du siège à huit cents verges des murailles. Il fut décidé qu'on couronnerait par une parallèle les hauteurs en face des trois bastions supérieurs de la ville, et qu'on y dresserait des batteries en attendant l'arrivée de la poudre et de la grosse artillerie qu'on avait fait demander en France. M. de Pontleroy conduisit le siège. Il établit quatre batteries sur ces buttes, et en plaça une sur la rive gauche de la rivière Saint-Charles pour prendre le rempart à revers. Les quatre premières coûtèrent beaucoup de travail, parce que, cheminant sur le roc vif, il fallut, pour former les épaulements, apporter la terre d'une grande distance dans des sacs. Elles ne furent prêtes à jouer que le 11 mai; mais l'éloignement des murailles et la faiblesse des pièces laissaient peu d'espoir de faire brèche si le revêtement du rempart avait quelque solidité. D'ailleurs le feu de la place était bien supérieur.

En se renfermant dans Québec, le général Murray était résolu d'opposer la plus vigoureuse résistance jusqu'à l'arrivée de la flotte anglaise, vers laquelle il expédia un navire en toute hâte...

Il fit travailler sans relâche aux fortifications du côté de la campagne; de nouvelles embrasures furent ouvertes dans les remparts, derrière lesquels campa son armée; les parapets furent renforcés par un remblai de fascines et de terre, et on les garnit de près de cent quarante canons, la plupart d'un gros calibre, qu'on prit des batteries sur le port, devenues inutiles. Les projectiles de cette ligne formidable labouraient partout les environs du camp français jusqu'à deux milles de distance.

" Les assiégeants n'avaient encore pour y répondre que quelques bouches à feu, dont la plus grosse était de douze livres de balle. La plus grande partie de ces pièces furent bientôt hors de service; du reste, il y avait si peu de munitions que chaque pièce ne tirait guère que vingt coups par vingt-quatre heures. Tout ce que les Français pouvaient faire, c'était de garder leurs lignes en attendant les secours d'Europe "

" De part et d'autre, la croyance générale était que la ville resterait au premier drapeau qui paraîtrait dans le port. Les circonstances étaient telles, dit Knox, que si la flotte française fût entrée la première dans le fleuve, la place fût retombée au pouvoir de ses premiers maîtres"

" Le 9 mai, une frégate entra dans le port. Telles étaient les espérances et les craintes des troupes que (< nous restâmes, dit l'historien anglais, quelque temps en suspens, n'ayant pas assez d'yeux pour la regarder; mais nous fûmes bientôt convaincus qu'elle était anglaise "

" Si la joie était sans bornes chez les assiégés, l'événement qui en était cause diminua beaucoup les espérances des assiégeants. Cependant la frégate qui venait d'arriver pouvait être un navire isolé, et ils ne voulurent pas encore perdre courage. Deux jours après, leurs batteries commencèrent à tirer contre la ville. Le 15, deux autre vaisseaux anglais entrèrent dans le port. Alors le général Lévis se décida à lever le siège de peur d'être coupé dans sa retraite et de perdre ses magasins, car les ennemis se trouvaient maintenant plus forts sur le fleuve que les Français, qui n'avaient pour bâtiments de haut bord que deux frégates, quasi dépourvues d'artillerie et d'équipage. "

" L'armée assiégeante leva le camp dans la nuit du 16 au 17 mai, après avoir jeté en bas de la falaise du Foulon une partie de l'artillerie de siège qu'elle ne pouvait emporter. Elle ne fut point poursuivie dans sa retraite. Ainsi finit cette courte mais audacieuse campagne, qui, à proportion du nombre des combattants, avait coûté tant de travaux et tant de sang; elle avait achevé d'épuiser les magasins de l'armée. De ce moment la cause française fut perdue."

Source: F.-X. Garneau, Histoire du Canada.