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L'ENTRÉE DES ANGLAIS DANS QUÉBEC Le 18 septembre, avant le coucher du soleil, les portes de la cité furent ouvertes. Le général Townshend, avec son état-major, suivi de trois compagnies de grenadiers et d'un détachement de l'artillerie traînant une pièce de campagne sur laquelle flottait le drapeau britannique, traversa la haute ville, et s'arrêta en face du château Saint-Louis. Le commandant de la place qui l'y attendait lui en remit les clefs. Les blancs uniformes de France s'alignèrent une dernière fois devant les portes et défilèrent en silence pour faire place aux sentinelles anglaises. Un corps de marins, détaché de la flotte sous le commandement du capitaine Palliser, prit possession de la basse ville. Des salves d'artillerie saluèrent le drapeau d'Angleterre, arboré à la fois sur le sommet de la côte la Montagne et sur la citadelle, d'où il ne devait plus descendre. " Restait le soin de garder cette conquête en passant l'hiver au milieu des ruines, privé de toute communication et à portée d'un ennemi actif et audacieux. L'orgueilleux Townshend, impatient de retourner en Angleterre pour jouir d'un triomphe que d'autres avaient plus mérité que lui, confia cette difficile tâche au brigadier James Murray. Les neuf régiments de ligne, avec l'artillerie et une compagnie de rangers, formant un effectif de sept mille trois cent treize hommes, restèrent sous ses ordres. Les autres compagnies de rangers, avec les grenadiers de Louisbourg et les marins, se préparèrent à remonter sur la flotte. Le major Elliot, avec un corps de cinq cents hommes, alla déloger les Français de l'ouvrage à cornes, et y laissa une forte garnison. En attendant qu'un nombre suffisant de maisons fût réparé pour servir de casernes, les troupes vinrent camper sous les murs de la ville. " Le capitaine Knox ne tarda pas à porter son œil observa- teur sur tous les points de la cité guerrière. Le 20, ayant des ordres à transmettre à la Pointe-Lévy: " Je partis, dit-il, en canot de la basse ville, ce qui me donna l'occasion de voir plus distinctement le grand effet produit par notre artillerie de la rive sud: de fait le ravage est inconcevable. Les maisons restées debout sont toutes plus ou moins perforées par nos boulets. La ville basse est tellement en ruines qu'il est presque impossible de circuler dans les rues. Les parties de la ville les moins endommagées sont les rues qui conduisent aux portes Saint-Jean, Saint-Louis et du Palais. Cependant, quoique plus éloignées de nos batteries, elles portent les marques d'une destruction presque générale. Les mai- sons bâties sur le sommet de la montagne, depuis le palais de l'évêque jusqu'au cap Diamant, sont les plus endommagées, et doivent subir d'incroyables réparations pour être tant soit peu habitables." " Les édifices publics, sur lesquels s'était principalement concentré le feu des ennemis, avaient été, les uns entièrement détruits, les autres criblés de coups et crevés par les projectiles. Il ne restait de la cathédrale que ses murs calcinés et la tour en pierre de son beffroi. Les églises des Jésuites et des Récollets, attenantes à leurs maisons, étaient ouvertes à tous les vents; leurs toits, leurs planchers et même leurs caveaux défoncés. Les pots à feu, en éclatant parmi les tombes, avaient mis à découvert les cercueils et les ossements des morts. Seule, l'église des Ursulines fut assez épargnée pour servir, après quelques réparations, aux exercices du culte dans le cours de l'hiver. Grâce à leur solide construction, le château Saint-Louis, le palais de l'évêque, le séminaire et le collège des Jésuites étaient restés debout, mais horriblement troués et laboures par les boulets. Dans Févêché, il n'était pas resté une seule chambre habitable, et dans le séminaire, uniquement la cuisine, où s'étaient retirés le curé et son vicaire. L'Hôtel-Dieu, plus éloigné des batteries anglaises, avait moins souffert, quoiqu'il eût quinze projectiles, dont quelques-uns avaient éclaté dans les salles des malades et dans les cellules des religieuses. La basse ville, vue de la terrasse Saint-Louis, paraissait un amas de pierres parmi lesquelles surgissaient des cheminées branlantes et des pans de murs lézardés." Source: l'abbé Casgrain, Montcalm et Lévis. |
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