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À LA VEILLE DU JOUR FATIDIQUE DURANT la soirée qui précéda le jour fatidique du 13 septembre 1759, Wolfe parut pénétré d'un sombre pressentiment. On rapporte que, dans sa cabine du Sutherland, conversant avec son ami, John Jarvis, commandant du Porcupine, il lui avoua qu'il s'attendait à être tué le lendemain. C'est à cet ancien compagnon d'études qu'il confia son testament, et le portrait de miss Catherine Lowther, sa fiancée, à qui cette miniature devait être remise. Il écrivit aussi deux lettres, les deux dernières que sa main traça, l'une au brigadier Monckton, 1 autre au brigadier Townshend, en réponse à une communication qu'il venait de recevoir. Ses trois lieutenants lui avaient adressé une lettre conjointe, dans laquelle ils se déclaraient insuffisamment renseignés, quant à la tâche qu'ils auraient à remplir dans la descente projetée, et particulièremnt quant à l'endroit ou aux endroits précis où l'attaque aurait lieu. .. Wolfe adressait sa réponse à Monckton, le premier des brigadiers. Il lui désignait formellement le point de débarquement. tl L'endroit, disait-il, s'appelle le Foulon, distant de deux milles et demi de Québec, où vous vous souvenez sans doute d'avoir vu un campement de douze ou treize tentes, avec un abatis au-dessous..." "Une demi-heure plus tard, le premier détachement qui devait débarquer, composé d'environ 1800 hommes, descendit dans les bateaux. La nuit était calme et belle. La marée montait encore, et les embarcations se laissèrent porter par elle lentement jusqu'à ce que la lumière allumée dans les grands haubans du mat de hune du Sutherland vînt leur indiquer qu'il était temps de se rallier par le travers de ce navire, à peu près à la hauteur du Cap-Rouge. Vers une heure et demie, le reflux commença à se faire sentir; deux lumières, l'une au-dessus de l'autre, brillèrent soudain dans les haubans du Suîherîand; et immédiatement les trente bateaux plats, chargés d'hommes silencieux, commencèrent à descendre, au milieu des ténèbres, le fleuve dont les ondes etaient déjà légèrement agitées par un vent de sud-ouest» Les nuages qui avaient envahi le firmament assombrissaient les flots. On avait recommandé aux troupes la plus grande circonspection, afin que rien d'insolite ne vînt révéler aux sentinelles françaises, sur le rivage l'approche de cette flottille. Et les bateaux s'avançaient sans bruit, dans la tranquillité nocturne, se dirigeant vers le point où devait se faire la descente..." II y avait bientôt deux heures que les bateaux descendaient le courant Ils se rapprochaient de la rive nord, où s'échelonnaient les postes de Bougainville. Ils avaient dépassé Sillery Allaient-ils atteindre le Foulon sans être signalés et assaillis.'' Quelques minutes plus tard les premières embarcations touchaient le rivage un peu au-dessous de l'endroit détermine. Elles portaient l'infanterie légère, à qui Wolfe avait confié la tâche de gravir la hauteur. Vingt-quatre hommes choisis, sous le commandement du capitaine Delaune, devaient grimper d'abord le long du roc abrupt, suivis de trois compagnies de leur corps S'ils parvenaient au sommet et y prenaient pied sans encombre, le reste devait suivre. Ces intrépides soldats s'élancèrent grimpant et s'accrochant aux anfractuosités de l'escarpement et aux touffes d'arbustes qui croissaient dans les interstices du roc Après les plus énergiques efforts ils atteignirent la crête de la falaise. Tout y était silence ! A leur droite se dressait un groupe de tentes qui abritaient le poste du trop fameux Vergor. Ils foncèrent sur ce petit campement, que leur livrait la plus criminelle négligence. Des détonations éclatèrent, et en quelques minutes les hommes de Vergor et leur chef. plongés dans le sommeil étaient dispersés ou faits prisonniers. Les cris de victoire de ses éclaireurs annonçaient à Wolfe et à ses compagnons anxieux restés sur le rivage que le chemin était libre. Le sentier coupe d'abatis fut promptement déblayé, et bientôt les dix-huit cents soldats anglais étaient rendus sur la hauteur. Il pouvait être environ cinq heures du matin." Source: Thomas Chapais, Le Marquis de Montcalm. |
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