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LA MISÈRE A QUÉBEC DANS L'HIVER DE 1757-1758 Pendant que les profiteurs de la colonie et bon nombre des officiers des régiments français se livraient au jeu le plus effréné dans les salons de l'infâme Bigot, la misère était extrême à Québec et dans tout le reste du pays. Le 9 juillet 1757, l'intendant Bigot avait défendu aux boulangers, sous peine de trente francs d'amende et de six mois de prison, de fournir à leurs pratiques plus de la moitié du pain qu'ils avaient coutume de leur livrer, et aux autres, plus d'une demi-livre de pain par tête, par jour, et cela jusqu'à ce que les farines de France fussent arrivées à Québec. L'abbé Récher, curé de Québec, était bien placé pour connaître la misère qui régnait à Québec puisque c'est lui qui avait été chargé de secourir les nécessiteux. Son Journal nous donne des détails navrants sur ce point. Nous le citons: " Pour donner moyen de vivre aux pauvres de Québec, M. l'intendant a commencé, à la fin de septembre (1757), à faire livrer à chacun, pour un jour, une livre de bœuf à six sous seulement, quoique les bourgeois la payassent dix, douze et ensuite quinze sous la livre. Le nombre de ces pauvres qui ont eu le bœuf à six sous chez le boucher Dupont montait, à la fin de février 1758, à 3000; ce qui faisait une consommation de quatre-vingts à quatre-vingt-dix bœufs par semaine. Mais, pour la diminuer, au commencement de mars, la livre par tête a été réduite à la demi- livre, et pour remplacer l'autre demi-livre, M. l'intendant a fait délivrer de la morue sèche, à quatre sous la livre." Le 1er octobre, la ration du soldat fut réduite à une livre de pain, un quart de pois et un quart de lard. Plus loin, l'abbé Récher écrit: " A la fin de novembre 1757, par l'ordre des puissances et spécialement de M. l'intendant, les habitants de Québec étant déjà depuis le mois de juillet réduits à un quarteron de pain par tête, pour chaque jour, sur le pied de trois francs la livre, les Acadiens ont été privés de pain tout à fait, et les soldats mis à la demi-livre, et à demi-livre de cheval, autant de bœuf, un quarteron de morue sèche et un quarteron de pois; les Acadiens une livre de viande, dont % de cheval, et un quarteron de morue. " Le 24 décembre 1757, M. l'intendant a rendu une ordonnance pour sceller la plupart des moulins, pour empêcher de moudre le blé des habitants, et les obliger par là à faire une moindre consommation de blé, étant par là réduits à un demi-minot par mois pour chaque personne, et les empêcher de manger le blé nécessaire pour les semailles du printemps prochain." En ce même mois de décembre 1757, la rareté des vivres était telle à Québec que l'intendant Bigot pria le curé Récher de distribuer, sur le compte du roi, aux plus pauvres, mille livres de viande, bœuf et cheval, par semaine. Le curé Récher nous donne le prix des denrées à Québec aux mois de janvier et février 1758. Aujourd'hui ces prix ne nous paraîtraient pas extraordinaires, mais il ne faut pas oublier que l'argent avait alors une valeur d'achat dix fois plus forte que de nos jours. Une poule se vendait 40 sous; une dinde quatre francs et dix sous; le blé 24 francs le minot; la farine 30, 40 jusqu'à 50 francs le quintal; l'avoine 4 francs et 10 sous le minot; la corde de bois 20 francs, 24 francs et plus. Le 7 avril 1758, le curé Récher écrit: " Chaque particulier de la ville est réduit à deux onces de pain par jour; le soldat restant à la demi-livre et l'officier, au quarteron. Au Séminaire, nous nous sommes réduits à la demi- livre, au lieu des trois quarterons où nous nous étions réduits depuis quatre à cinq mois." Enfin, le 19 mai 1757, dans l'espace d'une heure, neuf bâti- ments venant de France jetaient l'ancré devant Québec. Ils étaient chargés de vivres. Les habitants de Québec étaient alors réduits à deux onces de pain par jour, et menacés de n'en plus avoir du tout avant quinze jours. Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. IX (1903). |
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