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L'ESCLAVAGE À QUÉBEC



Garneau termine le chapitre de son Histoire du Canada où il traite du commerce par le passage suivant:
" Nous croyons devoir citer ici une résolution qui honore le gouvernement français; c'est celle qu'il avait prise de ne pas encourager l'introduction des esclaves en Canada, cette colonie que Louis XIV préférait à toutes les autres à cause du caractère belliqueux de ses habitants; cette colonie qu'il voulait former a l'image de la France, couvrir d'une brave noblesse et d'une population vraiment nationale, catholique, française, sans mélange de races En 1688, il fut proposé d'y avoir des nègres pour faire la culture. Le ministre répondit qu'il craignait qu'ils n'y périssent par le changement de climat, et que le projet ne fût mutile. Cela anéantit pour ainsi dire une entreprise qui aurait frappe notre société d'une grande et terrible plaie. Il est vrai que, dans le sic-clé suivant, on étendit à la Louisiane le code noir des Antilles; il est vrai qu'il y eut ici des ordonnances sur la servitude; néanmoins l'esclavage ne régnait point en Canada; à peine y voyait-on quelques esclaves lors de la Conquête. Cet événement en accrut un peu le nombre un instant ; ils disparurent ensuite tout a fait.

L'ordonnance de l'intendant Hocquart du 1er septembre 1736 prouve, hors de tout doute, que l'esclavage a existe au Canada sous le régime français:
. " Sur ce que nous avons été informé, disait-il, que plusieurs particuliers de cette colonie avaient affranchi leurs esclaves sans autre formalité que celle de leur donner la liberté verbalement, et étant nécessaire de fixer d'une manière invariable l'état des esclaves qui pourront être affranchis par la suite.

" Nous, après en avoir conféré avec M. le marquis de Beauharnois, gouverneur et lieutenant général pour le roi en cette colonie, ordonnons qu'à l'avenir tous les particuliers de ce pays, de quelque qualité et condition qu'ils soient, qui voudront affranchir leurs esclaves, seront tenus de le faire par un acte passe devant notaires dont il sera gardé minute, et qui sera en outre enregistré au greffe de la juridiction royale la plus prochaine; déclarons tous autres affranchissements qui ne seront pas dans la forme ci-dessus nuls et de nul effet."

Il est certain que, légalement, l'esclavage a existé dans la Nouvelle-France. Nous avons eu, pendant toute la durée du régime français, quelques esclaves à Montréal, à Québec et dans les campagnes. La plupart étaient des panis, sauvages d'un caractère très doux, qui préféraient l'esclavage à la liberté, probablement parce qu'il leur assurait le vivre et le logement.

Québec, alors la ville la plus populeuse de la colonie, n'a ja- mais eu plus d'une vingtaine d'esclaves à la fois.

Nous avons sous les yeux deux recensements nominaux de Québec, l'un de 1716 et l'autre de 1744.

Celui de 1716 donne six esclaves pour toute la ville: François, panis, âgé de 20 ans, Simon Cassard, panis, âgé de 14 ans, tous deux domestiques de Charles Guillimin, marchand; Pierre, panis, âgé de 10 ans, domestique de Pierre Haimard, marchand; François Ariandan, demi-sauvage, âgé de 14 ans, domestique de Louis Gosselin, marchand; une renarde, âgé de 12 ans, domestique de la veuve Claude Chaste.

Le recensement de 1744 nous donne les noms des quinze esclaves alors à Québec; Louise, chez Ignace Aubert; Pierre et Matie, chez Nicolas Philibert; Daniel, chez Daniel de Beaujeu; M.-Agathe, chez la veuve Bouat; Jacob, chez Étienne Charest; Valentin, chez Jacques Damien; Suzanne, chez Louis Parant; Barthélemi, chez Joseph Damours de Plaine; François-Joseph, chez François Havy; Agnès, chez Guillaume-Joseph Besançon; Louis, Antoine, Laurent et Marie-Anne chez Louis Cureux dit Saint-Germain.

Le même recensement nous donne les prénoms de vingt-cinq sauvages ou sauvagesses engagés chez différents particuliers comme domestiques, mais ces sauvages n'étaient pas des esclaves. Ils avaient leur pleine liberté comme leurs frères des bois.