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LES PÉRIPÉTIES D'UN SIÈGE Qui tira le premier coup de canon en octobre 1690 ? D'ordinaire, ce sont ceux qui attaquent qui tirent les premiers. Au siège de 1690, il n'en fut pas ainsi. Le comte de Frontenac, presque trois siècles avant le grand Foch, avait saisi que la victoire est à celui qui prend l'initiative et sait la conserver. Le parlementaire de Phipps avait à peine réintégré le vaisseau amiral Six Friends que le gouverneur donna ordre aux batteries de la basse ville de tirer sur les ennemis. Le premier boulet tiré de Québec abattit le pavillon du vaisseau amiral. Ce coup heureux redoubla le courage et l'espoir des assiégés. La Providence, d'ailleurs, leur fut favorable car la ville ne souffrit aucunement du bombardement des vaisseaux anglais pendant toute la journée. Résumons les péripéties du siège pendant les jours qui suivirent. Le mardi, 17 octobre, les ennemis se contentèrent d'envoyer une barque du côté de terre, entre Beauport et la rivière Saint- Charles. Ils cherchaient un endroit favorable pour opérer un débarquement. Le mercredi, 18 octobre, treize cents hommes, sous les ordres du major Walley, descendirent sur la grève de Beauport. Ils furent aussitôt attaqués par trois ou quatre cents Canadiens qui, profitant du terrain marécageux et boisé en cet endroit et se battant à la manière sauvage, leur firent essuyer une perte d'une soixantaine d'hommes. Le chevalier de Clermont et M. Pezard de Latouche, fils du seigneur de Champlain, furent tués dans cette rencontre, et M. Juchereau de Saint-Denys, seigneur de Beauport, qui malgré son âge avancé s'était battu comme un brave, eut le bras cassé par une balle. Sur le soir du même jour, les quatre plus gros navires de la flotte anglaise se rapprochèrent de Québec. Leur canonnade pourtant assez vive ne causa pas beaucoup de dommages. Les coups de canon cessèrent, de part et d'autre, sur les huit heures. Le jeudi 19 octobre, à la pointe du jour, le bombardement reprit, mais on leur répondit de la ville avec une vigueur et une justesse qui les incommodèrent beaucoup. Le contre-amiral, dont le tir avait été plus précis que celui des autres, fut assez maltraité par les batteries du Sault-au-Matelot et celle d'en bas, du côté de la gauche. Il fut bientôt obligé de relâcher. Le Six Friends, vaisseau amiral, dut, lui aussi, se mettre à l'abri peu après. Il avait reçu plus de vingt boulets dont plusieurs l'avaient percé à fleur l'eau. Toutes ses manœuvres étaient coupées et son grand mât avait été presque cassé. Il fila tout le câble de son ancre et finalement l'abandonna pour s'éloigner plus vite. Les deux autres vaisseaux ne persistèrent pas longtemps. Ces quatre vaisseaux se retirèrent à l'anse des Mères, derrière le Cap aux Diamants, pour se radouber tant bien que mal. Le vendredi, 20 octobre, dans l'après-midi, les frères Lemoyne de Longueuil et Lemoyne de Sainte-Hélène, avec un certain nombre de francs-tireurs, commencèrent à escarmoucher contre le corps du major Walley, resté sur la grève de Beauport. Le combat fut assez opiniâtre, mais les Canadiens empêchèrent, encore une fois, l'ennemi de se rapprocher de la rivière Saint-Charles qu'il voulait franchir afin d'entrer dans Québec. Le samedi, 21 octobre, les sieurs de Villieu, de Cabanac et Duclos de Beaumanoir, à la tête de détachements de volontaires, allèrent attaquer les Anglais à leur camp de la grève de Beauport. Dans les différents engagements de cette journée les Anglais eurent bon nombre de morts et de blessés. Les Canadiens n'eurent qu'un blessé. C'est dans la nuit du 21 au 22 octobre que les Anglais, qui étaient à la Canardière depuis trois jours et n'avaient pas encore gagné un pied de terrain, se décidèrent à se rembarquer. Ils le firent avec tant de précipitation qu'ils abandonnèrent cinq pièces de canon avec leurs affûts de campagne, cent livres de poudre et une cinquantaine de boulets. Vers le soir du 23 octobre, on vit que les vaisseaux faisaient leurs préparatifs pour lever le siège. En effet, le lendemain, 24 octobre, tous les vaisseaux étaient rendus à l'Arbre-Sec. Le 25 octobre, la flotte anglaise mettait enfin à la voile pour la haute mer. Le siège de Québec avait duré du 16 au 25 octobre, soit moins de dix jours. |
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