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LE PREMIER BAL À QUÉBEC



Le 1 mai 1666, la Compagnie des Indes Occidentales, seigneur de la Nouvelle-France, appelait Louis-Théandre Chartier de Lotbinière à remplir les fonctions de lieutenant civil et criminel de la Prévôté de Québec.

Né en France en 1612, M. de Lotbinière était arrivé à Québec, le 23 septembre 1646. M. de Lauzon lui avait confié, en 1651, la charge de procureur fiscal du tribunal qu'il venait de former à Québec, sous la présidence de son fils, Jean de Lauzon. Après le départ de M. de Hauteville pour la France, en 1655 ou 1656, M. de Lotbinière le remplaça dans sa charge de lieutenant civil et criminel. En septembre 1664, M. de Mézy avait démis, de sa seule autorité, Jean Bourdon, procureur général du Conseil Souverain. C'est M. de Lotbinière qu'il nomma pour le remplacer. Mais M. de Tracy, à son arrivée dans la Nouvelle-France, en 1666, remit à M. Bourdon la charge que M. de Mézy lui avait si cavalièrement enlevée.

M. de Lotbinière se trouvait donc sans emploi lorsqu'il reçut sa nomination de lieutenant civil et criminel de la Prévôté de Québec.

Le 10 janvier 1667, M. de Lotbinière présenta ses lettres de provisions au Conseil Souverain. Le même jour, après avoir pris son serment, le Conseil le reçut et l'installa dans l'exercice de son office.

Le nouveau magistrat devait avoir juridiction en première instance sur toutes les causes civiles et criminelles " de la dépendance de Québec," et en seconde instance ou en appel sur les arrêts des juges seigneuriaux. Le jugement en dernier ressort devait appartenir au Conseil Souverain, sauf le recours suprême au Conseil d'État du roi."

C'est pour célébrer sa nomination à la charge importante de lieutenant civil et criminel de la Prévôté de Québec, que, le 4 février 1667, M. de Lotbinière donna un bal, le premier qu'on eût encore vu dans la Nouvelle-France.

Le Journal des Jésuites enregistre cet événement mondain plutôt avec mauvaise humeur. " Le 4e (février 1667)," dit-il," le premier bal du Canada s'est fait chez le sieur Chartier. Dieu veuille que cela ne tire point en conséquence."

Le 1er mai 1677, M. de Lotbinière résignait sa charge de lieutenant civil et criminel en faveur de son fils, René-Louis Chartier de Lotbinière. A l'automne de 1679, il s'embarquait pour la France, et mourut au cours de ce voyage ou du moins ne revint pas dans la Nouvelle-France.

Le 10 novembre 1679, l'intendant Duchesneau écrivait au ministre:
" Je n'ai osé employer dans les dits états (de 1678 à 1679) 300 livres que j'ai données à la demoiselle de Marson pour l'habiller et ses enfants après la mort de son mari qui l'avait laissée dénuée de tout, et pareille somme au sieur Chartier, son père. J'espère, monseigneur, que vous ordonnerez qu'on me les rende dans les 500 livres que vous accordez au dit sieur Chartier qui s'en va en France se jeter à vos pieds..."

L'année suivante, le 13 novembre 1680, l'intendant Duchesneau écrivait encore au ministre:
" La seule Délie de Marson a perdu mille livres qui lui furent accordées l'année dernière, et partie des 600 livres de la présente que son père le sieur Chartier, auquel elle avait donné sa procuration, a consommées par ses débauches et il est demeuré à Paris."

Nous serions presque tenté de croire que le Journal des Jésuites avait raison de craindre des conséquences pour le premier bal donné à Québec!