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DANS LE PORT DE QUÉBEC EN 1663 DANS les délibérations du Conseil Souverain, à la date du 22 septembre 1663, nous lisons: " Sur ce qui a été remontré par le procureur général du Roi que dans le navire commandé par le capitaine Guillon il y a quatorze hommes accusés de crime desquels il est besoin d'instruire le procès, le Conseil pour cet effet a commis le sieur de Ville- ray de travailler incessamment à l'information et interrogatoire d'iceux, pour ce fait et rapporté au Conseil être ordonné ce que de raison. M. Rouer de Villeray tint l'enquête ordonnée par le Conseil Souverain, et, deux jours plus tard, le 24 septembre 1663, il en faisait son rapport que le greffier s'empressait d'enregistrer dans ses minutes avec la décision prise: " Vu le résultat du Conseil du vingt-deuxième de ce mois sur l'avis à lui donné qu'il y avait à bord du vaisseau le Jardin d'Hollande commandé par le capitaine Guillon, mouillé à la rade, sous le château de Québec, certains prisonniers prévenus du crime d'assassinat commis en la personne du commandant pour le Roi, au fort de Plaisance, la personne du frère du dit commandant, la personne du prêtre laissé au dit fort pour y exercer le service divin et plusieurs autres personnes et démolition de l'habitation du dit lieu, le Conseil a ordonné et ordonne qu'à l'instance du dit procureur général, le dit capitaine Guillon sera sommé et interpellé de remettre ez prisons royales de ce lieu les dits prisonniers prévenus pour leur procès être fait et parfait suivant la rigueur des ordonnances, enjoignant à cet effet au premier huissier sur ce requis de se transporter au bord du dit Guillon, capitaine, et lui faire les sommations en tel cas requises." Puis, les volumineuses délibérations du Conseil Souverain se taisent sur cet étrange incident. L'enquête ordonnée fut-elle faite ? Les meurtriers subirent-ils leur procès ? Reçurent-ils la punition qu'ils méritaient pour ce forfait ? Les meurtriers du commandant et de l'aumônier du fort de Plaisance, en l'île de Terre-Neuve, subirent leur procès non pas dans la ville de Québec mais dans le port de Québec. Et leurs juges ne furent pas les membres du Conseil Souverain mais un conseil de guerre composé des officiers de Y Aigle d'or et du Jardin d'Hollande. Ces deux vaisseaux étaient venus, de concert, à Québec. Le Jardin d'Hollande avait relâché à Plaisance avant de remonter le Saint-Laurent et c'est à bord de ce vaisseau que les meurtriers avaient été conduits à Québec. Le capitaine Gargot qui n'avait guère confiance dans la jus- tice terrienne refusa de remettre ses prisonniers au Conseil Souverain. Les lois maritimes du temps lui donnaient, croyons-nous, droit de vie et de mort en haute mer. La rade de Québec était assez loin de la mer mais pareille vétille n'était pas faite pour embarrasser un vieux loup de mer accoutumé à commander et à être obéi promptement. C'est Gargot lui-même qui raconte la suite de cette aventure dans ses Mémoires. Après avoir parlé des assassinats commis par ces lâches indi- vidus et dit comment ils tombèrent entre ses mains, il ajoute qu'il fit prier le gouverneur de la Nouvelle-France, d'envoyer ses officiers de justice à bord du vaisseau où les criminels étaient tenus à la chaîne. Le Conseil Souverain prétendit que Gargot était obligé de lui remettre ses prisonniers. C'est là-dessus qu'il assembla son conseil de guerre composé des officiers des deux vaisseaux qui étaient sous ses ordres. Puis, il ajoute: < Selon les formalités de la justice maritime, un de ces scélérats atteint et convaincu d'avoir tué l'aumônier de Plaisance, fut condamné à avoir le poing coupé, puis être pendu et brûlé et l'un des complices à servir de bourreau. Or, afin de ne pas choquer la juridiction de Kébec, Gargot fit dresser un grand radeau au milieu de la rivière du Saint-Laurent qui est fort large, sur lequel l'exécution fut faite à la vue de Kébec, dont le gouverneur fut fort irrité." Comme on le voit, le loup de mer Gargot n'y allait pas de main morte. Sources: Jugements et délibérations du Conseil Souverain; Mémoires de la vie et des aventures de Nicolas Gargot; Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXIX (1923). |
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