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L'ÉTAT DU FORT ET CHÂTEAU SAINT-LOUIS EN 1660



UN inventaire du fort et château Saint-Louis dressé par le sieur Simon Denys, procureur fiscal et receveur général de la Compagnie de la Nouvelle-France, le dernier jour de septembre 1660, prouve que M. d'Argenson n'avait pas tout à fait tort de désespérer un peu du sort de la colonie. La Compagnie de la Nouvelle-France laissait le fort de Québec, qui était pour ainsi dire la seule défense du pays, dans un état pitoyable.

M. Denys disait dans son inventaire, " la barrière du fort est en ruine et hors de service, l'enceinte du fort de murs non achevés en état tel quel, les parapets totalement ruinés, la plate-forme sur la grande porte où est assis une guérite le tout ruiné, le grand bastion du côté de l'ouest menaçant ruine a été démoli; le rempart passant sur la grande porte allant du bastion à la guérite qui est du côté du nord est entièrement ruiné; toutes les échelles et degrés servant à monter sur iceux remparts et dans le magasin des armes pourries et hors de service, etc., etc."

Voyons maintenant, à l'aide du même inventaire, ce que le fort de Québec contenait de canons, d'armes et de munitions en 1660:
" Pour artillerie, cinq pièces de canons de fer, une dite crevée, avec leurs fûts.

" Dans le magasin des armes étant sur le corps de garde s'est trouvé ce qui suit: quatre-vingt-quatre mousquets dont cinq à fût, le reste en serpents, la plupart viciés, neuf hors de service.

" Vingt-cinq canons de mousquets dont sept ou huit crevés. Cinq pistolets de service et cinq vieux pistolets hors de service avec fourreaux. Trente-sept carabines tel quel. En un coin, est un monceau de toutes sortes de fusils, pistolets et mousquets.

(< Deux cents pierres à fusil, environ neuf livres de mèche. Dans un recoin sont quantité de cuirasses et bourguignottes.

" Au-dessus du magasin sont vingt ou trente fusils et mousquets, un demi baril ou environ de salpêtre; au pied de la muraille du dit magasin est un baril où il y a des boulets de canon.

" Dans le magasin aux poudres fermant à double tour, porte et clef, s'est trouvé demi-baril de poudre mouillée ou environ quatre-vingt-dix-huit livres de poudre fine en paquets, plus environ vingt-cinq livres de poudre fine dans un baril, plus environ trente livres de poudre fine dans un autre baril; plus environ soixante livres de poudre fine et environ quatre cents livres de balles à mousquets."

Cet inventaire préparé par le sieur Denys fut signé par MM. Louis-Théandre Chartier, Denys, Grandchamp et Gillet. Il avait été fait à la demande même du gouverneur d'Argenson. Celui-ci voulait sans doute l'envoyer au ministre du roi, afin de lui prouver qu'avec un fort aussi peu muni d'armes et de munitions, il était impossible de songer à défendre Québec contre une attaque étrangère.

Source: Thé Canadian Antiquarian and Numismatic Journal, seconde série, 1889-1890.