Retour à
la liste






LA DUCHESSE D'AIGUILLON ET QUÉBEC



La famille Du Plessis de Richelieu, originaire du Poitou, était de vieille noblesse. Françoise Du Plessis de Richelieu, sœur du fameux cardinal, devint la femme de René de Wignerod, seigneur de Pontcourlay, de Glenay et du Breuil de Geay, un des dévoués compagnons de Henri IV. C'est de ce mariage que naquit en 1604, au château de Gîenay, en Vendée, Marie de Pontcourlay, qui devait être plus tard marquise de Combalet, puis duchesse d'Aiguillon.

Mademoiselle de Pontcourlay était d'une rare beauté, d'un esprit vif et d'une science au-dessus de son âge et de son sexe. Fiancée au comte de Bethune, elle dut rompre son engagement pour des raisons politiques et devenir, à l'âge de seize ans, la marquise de Combalet. Le jeune marquis fut tué au siège de Montpellier, deux ans après son mariage.

Veuve à dix-huit ans, belle, riche, entourée d'adulateurs, la marquise de Combalet refusa de se remarier. Elle voulait fuir le monde et s'enfermer dans le cloître. Mais son tuteur, l'ambitieux cardinal de Richelieu, s'opposa à son entrée en religion. Il voulait la garder près de lui.

Elle se dévoua dès lors aux œuvres de religion et de charité. Parmi les œuvres auxquelles la marquise de Combalet, créée duchesse d'Aiguillon, s'employa avec le plus de zèle fut l'établissement de la colonie française au Canada. Elle aida puissamment la formation de la Compagnie de la Nouvelle-France, organisée en 1627. Ce fut à sa demande que le cardinal de Richelieu envoya les Jésuites au Canada. Elle s'intéressa fort, aussi, à la fondation de Ville-Marie ou Montréal. C'est elle qui écrivit une supplique au Pape pour lui demander de bénir cette œuvre créée à la gloire de Dieu et pour le salut des âmes.

Mais son œuvre principale dans la Nouvelle-France fut la fondation de l'Hôtel-Dieu de Québec, qu'elle dota généreusement, de concert avec son oncle le cardinal de Richelieu.

La duchesse d'Aiguillon ne posa jamais le pied sur le sol de la Nouvelle-France, mais elle n'en fut pas moins une des plus grandes amies de notre pays. Son historien, M. de Bonneau-A venant, écrit: " Elle a été la bienfaitrice de cette colonie qui, à travers le temps et les changements de nationalité, est restée toujours fidèle à son origine, et si française d'esprit, si catholique de cœur. .. "

Le cardinal de Richelieu mourut le 4 décembre 1642. Par son testament, il avait nommé sa nièce son exécutrice testamentaire, conjointement avec le conseiller d'État de Noyers. Il laissait une fortune considérable avec la charge, pour la duchesse, d'achever l'église de la Sorbonne qu'il avait commencée et qui devait lui servir de tombeau, etc., etc. La tâche était énorme mais la duchesse d'Aiguillon s'en acquitta parfaitement.

Marie Wignerod de Pontcourlay, duchesse d'Aiguillon, rendit son âme à Dieu le 17 avril 1675, à l'âge de soixante et onze ans. Elle fut inhumée dans l'église des Carmélites " sans pompe, ni tentures," comme elle l'avait demandé. Elle avait défendu à ses parents de faire prononcer une oraison funèbre sur sa tombe. On se conforma à son ordre mais, quelques semaines plus tard, Fléchier prononça, à la louange de la duchesse d'Aiguillon, un de ses plus éloquents discours. " II se trouve," disait-il en terminant, " des âmes fidèles qui usent de la grandeur avec modération, de la vie avec un généreux mépris, qui s'élèvent à Dieu par la foi, se communiquent au prochain par la charité, qui se purifient elles-mêmes par la pénitence. C'est là le caractère de celle dont nous pleurons aujourd'hui la mort et dont nous honorons la mémoire."

Par son testament la pieuse duchesse d'Aiguillon fit à ses amis, aux institutions religieuses et aux pauvres, des legs très généreux. Elle n'oublia pas dans ses dernières donations l'Hôtel-Dieu de Québec, fondé par elle et auquel elle s'était toujours intéressée.

Source: Bonneau-A venant, La duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Riche- lieu, sa vie et ses œuvres charitables.