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QUÉBEC PENDANT L'OCCUPATION ANGLAISE



Les Kirke demeurèrent maîtres de Québec du 20 juillet 1629 au 5 juillet 1632, soit trois ans moins quelques jours.

Les Anglais étaient au nombre de quatre-vingt-dix. Ils logèrent tous dans le Fort.

Ils se doutaient probablement qu'ils seraient obligés de remettre le pays aux Français puisqu'ils ne s'occupèrent pas de défricher les terres pour en tirer leur subsistance. Ils ne firent qu'ensemencer celles des Récollets et des Jésuites qu'ils avaient trouvées toutes labourées.

La disette se fit sentir dès l'apparition de la neige, et Lewis Kirke fut obligé de mettre tout son monde à la ration. Il donna à chacun six livres de pain par semaine.

Les Sauvages cabanes près du Fort aidèrent aux Anglais en leur vendant partie de leur chasse et de leur pêche.

Pendant l'hiver, une épidémie se déclara parmi les nouveaux maîtres du pays. Quatorze en moururent et presque tous les autres furent plus ou moins malades.

Lewis Kirke était un homme dur, partisan de la discipline rigide qui existait alors dans la marine anglaise. Kirke accordait toute sa confiance à quelques coureurs de bois transfuges. Ceux-ci ne cherchaient qu'à prendre les soldats anglais en faute et à les noircir auprès de leur chef.

Le mécontentement alla si loin parmi les Anglais que le ministre du Fort forma une ligue de la plupart des soldats pour tuer Lewis Kirke et les Français qui étaient la cause de tout le trouble.

Le complot, heureusement pour Kirke, fut découvert à temps, et les chefs des conjurés furent sévèrement punis. Quant au ministre, Kirke le fit emprisonner pendant six mois dans l'ancienne maison des Jésuites.

L'emprisonnement du ministre amena sans doute la fin des offices religieux au Fort. D'un autre côté, personne n'en fut beaucoup affligé. Le ministre était luthérien, les Kirke, de même que la plupart des soldats, appartenaient à la religion établie.

Le cardinal de Richelieu avait permis à M. de Caen de faire la traite des pelleteries pendant une année afin de l'indemniser des pertes qu'il prétendait avoir subies par la révocation de son privilège. M. de Caen équipa donc un vaisseau en 1631 que son neveu, Emery de Caen, conduisit à Québec pour y faire la traite avec les Sauvages. Les Anglais ne lui permirent pas de traiter. Afin d'être bien certains que Emery de Caen n'aurait aucun commerce avec les Sauvages ils mirent des gardes sur son vaisseau pendant tout le temps qu'il fut dans le port de Québec.

Les rapports entre les Kirke et les familles de la veuve Hébert et de Guillaume Couillard pendant les trois années d'occupation furent assez cordiaux. Le 9 février 1631, le ministre luthérien baptisait une fille de Guillemette Hébert, femme de Guillaume Couillard, et lui donna le nom d'Elisabeth. Le parrain semble avoir été Lewis Kirke. La femme du chirurgien Adrien Duchesne, originaire de Dieppe, où Kirke avait résidé pendant plusieurs années, fut la marraine.

En somme, les trois années d'occupation de Québec par les Kirke furent des années mortes. La capitale ne fit aucun progrès pendant ces trente-six mois.