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LES TRAÎTRES DE 1629



On a beaucoup parlé des traîtres de 1759. Ils avaient, malheureusement, suivi la voie tracée par les traîtres de 1629. En effet, quelques Français se conduisirent plus ou moins bien lors de la prise de Québec par les frères Kirke. Leur trahison fut peut-être la cause de la chute de Québec. Ils firent connaître aux Kirke la disette qui régnait à l'habitation de Champlain et permirent ainsi à ceux-ci d'être plus exigeants.

Lewis ou Louis Kirke ne se gêna pas de le dire au Père Le Caron :
—Voyez-vous, lui dit-il un jour, ces deux Français, en lui désignant Le Baillif, commis de la Compagnie des Marchands, et Pierre Raye, charron de l'habitation; ce sont eux qui m'ont instruit de tout ce que je désirais savoir de Québec.

Sagard, dans son Histoire du Canada, ne traite pas avec plus de délicatesse certains Huguenots qui se trouvaient sur le navire d'Emery de Caen lors de sa rencontre avec les vaisseaux anglais:
" Ils ne voulurent jamais combattre, dit-il, leurs frères les Anglais de Kerth (Kirke), et posèrent bas leurs armes... Si M. de Caen eût remporté la victoire, il eût facilement repris Québec et le fort."

Champlain, si mesuré dans ses jugements et si charitable dans ses appréciations, ne peut s'empêcher de stigmatiser ceux qui à l'heure du danger l'abandonnèrent si lâchement. Il écrit dans ses Voyages:
" Louis Kerth (Kirke) ayant reçu les clefs de Québec, les donna à un Français, appelé Le Baillif, natif d'Amiens, qui s'était volontairement donné aux Anglais pour les servir et les aider à nous ruiner, comme perfide à son roi et à sa patrie, avec trois autres que j'avais autrefois emmenés en nos voyages, il y avait plus de quinze à seize ans, l'un appelé Etienne Brûlé, de Champigny, truchement des Hurons, le second, Nicolas Marsollet, de Rouen, truchement des Montagnais, le troisième de Paris, appelé Pierre Raye, charron de son métier, l'un des plus perfides traîtres et méchants qui fût en la bande.

Le dit Baillif était autrefois venu en ces lieux, avec de Caen, qui l'avait fait un de ses commis, et l'avait ensuite chassé pour être grandement vicieux."

Jacques Michel, de Dieppe, fut peut-être plus coupable encore que ceux dont Champlain se plaint dans ses Voyages. Excellent marin, il connaissait parfaitement le Saint-Laurent, c'est lui qui avait le commandement des vaisseaux anglais dans le voyage du golfe à Québec. Les Kirke qui s'en étaient servi négligèrent ensuite de le récompenser. Il mourut à Tadoussac, méprisé et honni par ses compatriotes.

Le Père Le Jeune, qui avait connu Jacques Michel à Dieppe même, écrit à son sujet:
" Ce pauvre Jacques Michel, plein de mélancolie, ne se voyant point récompensé des Anglais, comme il prétendait, pressé d'ailleurs de remords de conscience de les avoir assistés contre ceux de sa patrie, mourut subitement quelque temps après la prise de ce pays. Il fut enterré à Tadoussac. J'ai appris que les Sauvages le déterrèrent, et firent toutes sortes d'ignominies à son corps, le mirent en pièces, le donnèrent à leurs chiens. Voilà le salaire des perfides; je prie Dieu qu'il ouvre les yeux aux autres."

Champlain dit que la veille de sa mort, Jacques Michel avait tellement juré et blasphémé le nom de Dieu qu'il en avait eu horreur. " Je ne pus m'empêcher de lui dire: Bon Dieu! comme vous jurez pour un réformé, sachant si bien reprendre les autres quand ils le font."