Retour à
la liste






LA CHARRUE DE GUILLAUME COUILLARD



C'est Champlain lui-même qui prend la peine de nous informer que le premier labour au Canada fut fait le 27 avril 1628. Ce petit détail nous prouve quelle importance le père de la Nouvelle-France attachait à l'agriculture.

Champlain écrit dans ses Voyages:
" Depuis 22 ans qu'on est allé pour habiter et défricher à Québec, suivant l'intention de Sa Majesté, les sociétés n'avaient fait déserter un arpent et demy de terre: par ainsi estaient toute espérance pendant leur temps, de voir le bœuf sous le joug pour labourer, jusqu'à ce qu'un habitant du païs recherchast les moyens de relever de peine les hommes qui travaillaient ordinairement à bras pour labourer la terre laquelle fut entamée avec le soc et les bœufs le 27 avril 1628, qui montre le chemin à tous ceux qui auront la volonté et le courage d'aller habiter, que la mesme facilité se peut espérer en ces lieux comme en nostre France, si l'on en veut pren-dre la peine et le soing."

Quel est cet habitant qui eut l'honneur d'inaugurer le labour en Canada ?

Il ne peut être question de Louis Hébert puisqu'il était mort depuis un an. M. l'abbé Laverdière dit qu'en 1628 il n'y avait que Guillaume Couillard qu'on pût appeler habitant proprement dit, parce qu'il était le seul qui fût établi sur une terre. " Cette terre avait été concédée à son beau-père Louis Hébert, dès le 4 février 1623, par le duc de Montmorency, concession qui fut ratifiée par le duc de Ventadour le 28 février 1626. Après la mort d'Hébert, Couillard resta sur la terre avec sa belle-mère et son jeune beau-frère Guillaume Hébert. Le partage n'eut lieu qu'en 1634, à l'occasion du mariage de ce dernier avec Hélène Desportes. Son contrat de mariage et les arrangements de famille laissèrent à Couillard les trois-quarts de l'héritage, et, quelques années plus tard, il rentra par un échange en possession de la part échue à son beau-frère Guillaume Hubou."

L'année même où Couillard mit la charrue pour la première fois dans la terre canadienne, il eut un différend avec Champlain. Celui-ci lui avait demandé de se rendre à Tadoussac. Couillard, sans offrir des raisons valables, s'y refusa. Ce petit désaccord n'eut pas de suite. Champlain reconnaît loyalement, dans ses Voyages, les belles qualités de Couillard. Il écrit: " Nous nous adressâmes à un habitant du pays, qui se nourrit de ce qu'il a défriché au pays, appelle Couillardt, bon matelot, charpentier et calfeutreur qui ne pouvait être sujet qu'à la nécessité, auquel nous mettions toute notre asseurance qu'il nous secourerait de son travail et industrie, d'autant que depuis quinze ans qu'il avait été au service de la Compagnie, il s'était toujours montré courageux en toutes choses qu'il faisait, qu'il avait gagné l'amitié d'un chacun, faisant ce que l'on pouvait pour lui, et de moy je ne m'y suis pas épargné en tout ce qu'il avait à faire."