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LES PÈRES JÉSUITES À QUÉBEC



Les Récollets, qui furent les premiers missionnaires du Canada, se rendirent vite compte que le champ était trop vaste pour un seul ordre religieux. Après délibération, les Pères de Québec décidèrent d'inviter les Jésuites à venir les aider.

" Nos Pères n'hésitèrent point, écrit Le Clercq ; n'ayant pour partage que la droiture, la simplicité, la gloire du Seigneur et un désir sincère, sans émulation, de la procurer dans la conversion de ces peuples, ils convinrent tous de députer quelqu'un d'entre eux en France, pour en faire la proposition aux Pères Jésuites, qu'ils jugèrent les plus propres pour établir et amplifier la foi de concert avec nous dans le Canada."

C'est le Père Irénée Piat qui eut cette agréable mission.

Les Pères Jésuites acceptèrent avec empressement de se dévouer eux aussi à l'évangélisation des Sauvages du Canada. Le Père Coton, provincial des Jésuites de Paris, désigna comme premiers missionnaires au Canada les Pères Charles Lalemant, Enne-mond Massé, Jean de Brébeuf et les deux Frères coadjuteurs François Charton et Gilbert Buret. Le Père Charles Lalemant fut choisi comme chef de cette phalange d'apôtres.

Les cinq Jésuites prirent place le 24 avril 1625 dans le navire de Guillaume de Caen. Ils arrivèrent à Québec le 15 juin suivant.

Les Récollets allèrent rencontrer les Jésuites à l'arrivée du vaisseau qui les avait amenés à Québec et les conduisirent à leur monastère de Notre-Dame des Anges où ils mirent à leur disposition la moitié de leur logement, de leur jardin et de leur enclos. Les fils de saint François et de saint Ignace vécurent ainsi de longs mois sous le même toit, dans la plus parfaite union.

Dans une lettre datée de Québec le 1er août 1626, le Père Charles Lalemant fait connaître à son frère, le Père Jérôme Lalemant, les occupations de leurs premiers mois de séjour à Québec:


" Les mois de juillet et d'août se passèrent partie à écrire des lettres, partie à nous reconnaître un peu dans le pays et à chercher quelque lieu propre pour y établir notre demeure afin de témoigner aux RR. PP, Récollets que nous désirions les délivrer au plus tôt de l'incommodité que nous leur apportions. Après avoir bien considéré tous les endroits et après avoir pris langue des Français et principalement des Révérends Pères Récollets le 1er jour de septembre nous plantâmes la sainte Croix au lieu que nous avions choisi, avec toute la solennité qui nous fut possible. Les RR. PP. Récollets y assistèrent avec les plus apparents des Français qui, après le dîner, se mirent tous à travailler. Nous avons depuis toujours continué, nous cinq, à déraciner les arbres et à bêcher la terre tant que le temps nous a permis. Les neiges venantes nous fûmes contraints de sursoir jusques au printemps..."

Sagard nous dit où les Jésuites décidèrent de s'établir.

"Le terrain choisi par les Jésuites, dit-il, était au-delà de la petite rivière, sept ou huit cents pas de nous, en un lieu que l'on appelle communément le fort de Jacques-Cartier."

M. N.-E. Dionne, l'historien averti de Jacques Cartier, affir-me que l'endroit désigné dans les écrits de Champlain et de Sagard sous le nom de fort Jacques-Cartier, est tout simplement le lieu où l'immortel découvreur du Canada érigea, en 1535, un petit fort pour se mettre à l'abri des attaques possibles des Sauvages qui l'entouraient de tout côté.

Source: R. P. de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France.