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MADAME DE CHAMPLAIN À QUÉBEC DEUX ans après la fondation de Québec, Champlain épousait à Paris, le 30 décembre 1610, Hélène Boullé, fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la Chambre du Roi. La famille Boullé était calviniste. Champlain comptait quarante ans sonnés et Hélène Boullé n'avait pas encore atteint sa douzième année. Quelles raisons poussèrent Champlain, homme de jugement, à contracter un mariage si disproportionné d'âge ? Champlain était pauvre et Nicolas Boullé était riche et influent. Outre sa beauté et ses qualités de cœur et d'esprit, Hélène Boullé lui apportait une dot de six mille livres. C'est là, croyons-nous, la raison du mariage de Champlain. En vertu du contrat de mariage, Hélène Boullé ne devait, à cause de son jeune âge, vivre avec son mari qu'au bout de deux années. Elle en profita pour se faire instruire des mystères de la religion et elle embrassa la foi catholique, malgré l'opposition de sa famille. Son frère Eustache Boullé, qui voulait s'établir au Canada, entra aussi dans le giron de l'église catholique. Ce ne fut que dix ans après son mariage que Champlain se décida à emmener sa femme à Québec. En 1620, Québec ne comptait encore que quatre ou cinq personnes du sexe, et on comprend que la jeune femme dut s'embarquer pour le Canada avec une certaine appréhension. Une vieille chronique dit de madame de Champlain : ''Les Sauvages à son arrivée la voulaient adorer comme une divinité, n'ayant jamais rien vu de si beau. Ils admiraient son visage et ses habits, mais par-dessus tout un miroir qu'elle portait à son côté, ne pouvant comprendre comment toutes choses étaient, ce leur semblait, renfermées dans cette glace, et qu'ils se trouvas-sent tous pendus à la ceinture de cette dame. Elle ne fut pas longtemps sans entendre et parler passablement la langue barbare des Sauvages, et tout aussitôt elle apprit à prier Dieu à leurs femmes et à leurs enfants. ''Enfin, elle coula quatre années dans cette manière de vie, au plus beau de son âge, dans un lieu pire qu'une prison et dans la privation d'une quantité de choses nécessaires à la vie. En effet, la disette des vivres et d'autres fortes raisons obligèrent M. de Champlain de repasser en France et d'y ramener sa femme." Le fondateur de Québec vécut deux ans avec sa femme à Paris de 1624 à 1626, puis il retourna au Canada d'où il ne revint à Paris, qu'en 1629. Pendant les trois années d'absence de son mari, madame de Champlain ''vécut dans le grand monde comme n'y étant point." Elle se sentit appelée à la vie religieuse et demanda même à M. de Champlain la permission de s'enfermer dans un couvent d'Ursulines. Celui-ci ne consentit pas à ce sacrifice. De 1629 à 1633, Champlain resta de nouveau avec sa femme à Paris. Il s'embarqua ensuite pour le Canada et sa femme ne devait pas le revoir. A la mort de Champlain, en 1635, sa veuve, devenue libre, se décida à embrasser la vie religieuse. Le procès de la succession de son mari et d'autres affaires la retinrent dans le monde dix années de plus. Enfin, le 7 novembre 1645, elle entrait au monastère des Ursulines de Paris, d'abord comme bienfaitrice, puis comme novice sous le nom de sœur Hélène de Saint-Augustin. En 1648, elle proposa de fonder un couvent d'Ursulines à Meaux. M. Séguier, évêque de cette ville, accepta cette fondation et cinq Ursulines partirent de Paris pour Meaux, le 17 mars 1648. La sœur Hélène de Saint-Augustin fit profession dans le nouveau monastère le 4 août 1648. Elle avait obtenu la permission à cette occasion d'écrire ses fautes et de les lire publiquement en communauté. Elle fit sa lecture à genoux, pieds nus, une corde au cou, et un cierge allumé à la main. La fondatrice des Ursulines de Meaux décéda en odeur de sainteté, le 20 décembre 1654, à l'âge de cinquante-six ans. Sources: N.-E. Dionne, Serviteurs et servantes de Dieu en Canada; Chroniques de l'Ordre des Ursulines. |
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