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LES RÉCOLLETS À QUÉBEC



CHAMPLAIN avait deux passions: étendre le royaume de Dieu et celui de la France. Dans le récit de son voyage de 1615 il déclare que s'il a tant à cœur ses découvertes, c'est afin d'acquérir une vraie connaissance du pays et des peuples qui l'habitent "à dessein de les amener à la connaissance de Dieu, à quoi j'ai travaillé continuellement sans pouvoir avancer que fort peu de mes desseins pour n'avoir été assisté comme il eût été néces-saire à une telle entreprise. ' '

Le fondateur de Québec, dans la même relation, dit encore: " II est à propos de dire qu'ayant reconnu aux voyages précédents qu'il y avait en quelques endroits des peuples arrêtés et amateurs de labourage, n'ayant ni foi ni loi, vivant sans Dieu et sans religion comme bêtes brutes, lors je jugeai à part moi que ce serait faire une grande faute si je ne m'employais à leur préparer quelque moyen pour les faire venir à la connaissance de Dieu. Et pour y parvenir, je me suis efforcé de rechercher quelques bons religieux qui eussent le zèle et affection à la gloire de Dieu."

Au mois d'août 1613, Champlain était de passage en France impatient, plus que jamais, d'amener des religieux à Québec. Qui lui suggéra d'avoir des Récollets comme missionnaires au Canada ? Il nous dit:
" Étant sur cette recherche et la communiquant à plusieurs, il se serait présenté un homme d'honneur, duquel j'avais la fréquen-tation ordinaire, appelé le sieur Houel, secrétaire du roi et contrôleur général des salines de Brouage, homme adonné à la piété et doué d'un grand zèle et affection à l'honneur de Dieu et à l'augmentation de sa religion, lequel me donna un avis qui me fut fort agréable, à savoir qu'il connaissait de bons Pères Religieux de l'ordre des Récollets, desquels il s'assurait et avait tant de familiarité et de créance envers eux, qu'il les ferait condescendre facilement et entreprendre le voyage."

Le sieur Houel fit toutes les démarches nécessaires auprès du Père Bernard Du Verger, "religieux d'une grande vertu et d'un rare talent, puissant en œuvres et en paroles. Celui-ci envoya deux Récollets à Paris qui, avec Champlain et le sieur Houel, virent le nonce du Pape. Après plusieurs mois de pas et de démarches, quatre Récollets de la province de Saint-Denys, les Pères Denis Jamet, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et le Frère Pacifique Duplessis, furent désignés pour passer au Canada.

Les quatre Récollets partirent de Paris pour Rouen le 15 ou le 16 mars 1615. Ils firent le voyage à pied. De Rouen, ils gagnèrent Honfleur d'où ils s'embarquèrent avec Champlain le 24 avril.

Le Père Dolbeau écrivait au Père Didace David, le 20 juillet 1615: " Nous partîmes de Honfleur le 24 avril au soir et arrivâmes le 25 mai à un port où s'arrêtent les navires qui naviguent ici. Ce port s'appelle Tadoussac et est bien quatre-vingts lieues dans la grande rivière de Canada, trente-cinq lieues au-dessus est l'habitation des Français."

Le Père Dolbeau ne séjourna que deux jours à Tadoussac. Il remonta le Saint-Laurent, de Tadoussac à Québec, dans une barque qui arriva à la capitale le 2 juin. Les autres vinrent le rejoindre cinq ou six jours plus tard.

Les Pères Récollets avaient trouvé la région de Tadoussac fort stérile, sèche, déserte et pleine de montagnes et rochers. "Dès qu'ils arrivèrent au cap Tourmente, dit Sagard, et vu ces belles prairies émaillées en été de quantité de petites fleurettes, les bonnes terres de Québec, et l'agréable contrée où est à présent bâti notre couvent, ils reprirent nouveau courage, jugèrent la contrée bonne et capable d'y bâtir, non seulement un monastère de pauvres Frères Mineurs, mais d'y établir des colonies, voire de très bonnes villes et villages, s'il plaisait au roi d'y contribuer de ses libéralités royales et aux marchands une partie du profit qu'ils en retirent tous les ans, qui leur vaudrait au double à l'avenir."

Source: R. P. Odoric-Marie Jouve, Les Franciscains et le Canada.