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CHAMPLAIN À QUÉBEC EN 1603



Après son retour des Indes Occidentales, où il avait été près de deux ans et demi, Champlain allait voir de fois à autre le commandeur de Chastes. Celui-ci lui demanda s'il aurait pour agréable de faire le voyage de Canada "pour voir le pays et ce que les entrepreneurs y feraient." Henri IV avait accordé une pension à Champlain et l'avait nommé son géographe. Celui-ci ne voulut pas partir sans l'assentiment du roi.

M. de Chastes obtint facilement la permission royale et M. de Geivre, secrétaire des commandements de Sa Majesté, lui expédia une lettre d'autorisation "avec lettre adressante à Pont-grave, pour que celui-ci le reçût en son vaisseau, lui fit voir et reconnaître tout ce qu'il pourrait, et l'assistât de ce qui lui serait possible en cette entreprise."

Champlain s'embarqua dans la Bonne Renommée, vaisseau de Pontgravé, le 15 avril 1603. La flotte, composée de moyennes bar-ques, jaugeant de douze à quinze tonneaux, fit voile de Honfleur.

Le 2 mai on prit connaissance du Grand Banc. On vit ensuite le cap de Sainte-Marie, les îles Saint-Pierre, le cap de Raye, les îles Saint-Paul et le cap Saint-Laurent. Le 20 mai, l'île d'Anticosti fut signalée, et la flottille, contournant la pointe méridionale de cette île, longea la côte de Gaspé et la rive sud du Saint-Lau-rent jusqu'au Bic, d'où elle traversa au nord à Tadoussac. Là, on séjourna du 26 mai au 18 juin. Champlain en profita pour remon-ter le cours de la rivière Saguenay. A Tadoussac, le capitaine malouin et le sieur de Pontgravé rencontrèrent un fort parti de Sauvages. Champlain donne dans ses Voyages des détails inté-ressants sur les mœurs et les coutumes de ces Sauvages.

La flottille continua ensuite à remonter le Saint-Laurent afin de se rendre au Saut Saint-Louis. On reconnut l'île aux Lièvres, l'île aux Coudres, la petite rivière Saint-François, puis les chaloupes longèrent la rive sud de l'île d'Orléans et vinrent mouiller à Québec qui "est un détroit de la rivière de Canada, qui a quelque trois cents pas de large."

" II y a à ce détroit, dit Champlain, du côté du nord, une montagne assez haute, qui va en abaissant des deux côtés, tout le reste est pays uni et beau, où il y a de bonnes terres pleines d'arbres, comme chênes, cyprès, boulles, sapins et trembles et autres arbres fruitiers sauvages et vignes; qui fait à mon opinion, si elles étaient cultivées, elles seraient bonnes comme les nôtres. Il y a le long de la côte du dit Québec des diamants dans des rochers d'ardoise, qui sont meilleurs que ceux d'Alençon."

C'est là tout ce que Champlain dit de Québec à son voyage de 1603. Pontgravé, Champlain et leurs compagnons n'y firent que s'arrêter. Le but de leur voyage était d'atteindre le Saut Saint-Louis. Champlain ne se doutait guère en 1603 que, cinq ans plus tard, il viendrait jeter les fondements d'une ville en cet en-droit.

On continua donc à remonter le Saint-Laurent. Le 3 juillet, on arrivait enfin au Saut Saint-Louis. "Je vous assure, dit Cham-plain, que jamais je ne vis un torrent d'eau déborder avec une telle impétuosité comme il fait, bien qu'il ne soit pas beaucoup haut, n'étant en d'aucuns lieux que d'une brasse ou de deux, et au plus de trois. .."

Les Français repartirent le 4 juillet du Saut Saint-Louis. Le 8 du même mois, ils repassaient devant Québec sans y arrêter, et le 11 ils étaient de retour à Tadoussac.

Le voyage de retour dura vingt-sept jours et en arrivant à Ronfleur, Champlain apprit la mort de son ami et bienfaiteur, le commandeur de Chastes.

Champlain, toutefois, obtint une entrevue de Henri IV et lui montra la carte qu'il avait dressée des pays visités de même que la relation de son voyage. Le roi lui promit de s'intéresser à ses futures entreprises.

Sources: Champlain, Voyages: N.-E. Dionne, Samuel Champlain.