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CHAMPLAIN, AVANT LA FONDATION DE QUÉBEC



BROUAGE, en Saintonge, fut la petite patrie de Champlain.

Il y naquit vers 1567. Brouage, si abandonné aujourd'hui, était à cette époque un des ports les plus fréquentés de la baie de Biscaye. Le père de Champlain était capitaine de vaisseau et un de ses oncles fut pilote général des armées navales du roi d'Espagne. '' Dès mon bas âge, dit Champlain, l'art de la navigation m'a attiré à l'aimer, et m'a provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de l'océan. Il m'a fait côtoyer une partie des terres de l'Amérique et principalement de la Nouvelle-France, où j'ai toujours eu désir de faire fleurir le lys avec l'unique religion catholique et romaine."

Jeune encore, Champlain avait obtenu le grade de capitaine dans la marine royale, mais la guerre civile le fit entrer dans l'armée de terre. Partisan de Henri IV, il servit en Bretagne sous les maréchaux d'Aumont et de Brissac en qualité de maréchal des logis. Une fois la Bretagne pacifiée, Henri IV récompensa Champlain en l'appelant à la cour et en lui donnant une pension.

Par le traité de Vervins, les Espagnols devaient évacuer la place forte de Blavet, en Bretagne. C'est l'oncle de Champlain qui devait ramener en Espagne la garnison de Blavet. Champlain fit le voyage avec son oncle. Celui-ci fut si satisfait de ses services que, rendu à Cadix et incapable d'accompagner la flotte espagnole qui partait pour les Indes Occidentales, il lui confia le commandement de son propre vaisseau, le Saint-Julien.

Le voyage dura deux ans et quelques mois. Champlain visita les Antilles et une partie du Mexique. Il se rendit jusqu'à l'isthme de Panama. La relation qu'il fit de ce voyage augmenta sa réputation. Henri IV, qui la lut avec grand plaisir, récompensa l'auteur en lui donnant le titre de géographe du roi.

"Dans ce récit de voyage, dit M. l'abbé H.-R. Casgrain, Champlain se montre ce qu'il a été plus tard dans toutes ses expéditions, observateur attentif, perspicace, à qui rien n'échappe, appréciateur judicieux, esprit pénétrant, narrateur clair et cousciencieux. Champlain raconte ce qu'il a vu et ce qu'il a ouï dire comme les hommes de son siècle. Comme Jacques Cartier, il a un reste de tendances au récit merveilleux. Dans une de ses aquarelles, il peint un oiseau sans pattes, dans une autre, un caméléon qui en a deux, dans un troisième, un dragon qui hantait certaine région du Mexique et qui avait la tête approchant de celle d'un aigle, les ailes comme une chauve-souris, le corps comme un lézard et la queue cailleuse."

"Champlain, dit encore M. l'abbé Casgrain, est un héros à la façon des croisés, avec leur foi ardente, leur vaillance, leur dévouement à l'Église. Il rappelle la chevalerie par son amour des aventures et par la tournure enthousiaste de son esprit. D'un autre côté, Champlain devançait son siècle par ses idées de progrès, par les grandes choses dont il prévoyait l'accomplissement. En passant par l'isthme de Panama, il a prévu son percement, plus de deux siècles et demi avant qu'on en ait tenté l'essai.

"Ainsi, dit-il, l'on accourcirait le chemin de plus de quinze cents lieues, et depuis Panama jusques au détroit de Magellan ce serait une autre île, de sorte que toute l'Amérique serait en deux îles."

Champlain, au retour de sa longue croisière, vécut quelque temps à la cour. Mais le voisinage des courtisans et des antichambres ne lui allait pas. Il regrettait l'air de la mer. La Providence le mit bientôt sur la voie où il devait s'illustrer.

Source: l'abbé H.-R. Casgrain, Champlain, sa vie et son caractère.