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LA COLONIE DE FRANCE-ROI ÉTAIT-ELLE COMPOSÉE DE CRIMINELS? IL est certain qu'un bon nombre des compagnons de M. de Roberval à sa colonie de France-Roi en 1542-1543 étaient d'excellents Français, mais il est non moins certain qu'un pourcentage élevé de ses colons étaient des gibiers de potence. Ce sont probablement ceux-là que la relation de son expédition qualifie de gens du commun. Ce fut le 15 janvier 1540 que François 1er confia à M. de Roberval la mission de fonder une colonie française sur les rives du Saint-Laurent. Le 7 février 1540, des lettres patentes, datées de Fontaine-bleau, enjoignaient aux présidents et conseillers des parlements de Paris, Toulouse, Bordeaux, Rouen et Dijon, de fournir à Roberval des prisonniers pour ses équipages. M. N.-E. Dionne nous donne à ce sujet des précisions qui éclairent d'un jour singulier la composition de l'expédition de M. de Roberval. A la faveur de ses lettres-patentes du 7 février 1540, dit-il, Roberval chargea aussitôt son beau-frère Guillaume de Magdaillan, seigneur de Montataire, de se transporter à Paris et dans les autres villes où il avait la permission de recruter des prisonniers, et là de s'entendre avec eux au sujet de leur engagement. Il chargea également Paul d'Auxilhon, seigneur de Senneterre en la sénéchaussée de Carcassonne, d'en faire autant '' dans les ressorts de la sénéchaussée de Carcassonne, Castres, justices et juridictions de Béziers; Narbonne, Alby, Lymous, Allais et pays de Sault." Et le vendredi, 11 mars, Roberval fit une troisième procuration, à Rouen, pour Alonce de Cyville, sieur de Saint-Martin-aux- Buneaux, lui donnant la charge d'enrôler des prisonniers dans le ressort du parlement de Rouen. D'après ces trois procurations, tous les prisonniers devaient être rendus à Paris ou à Rouen avant le dernier jour de mars, ou à Saint-Malo, avant le 10 avril. Les choses marchèrent lentement, car partout l'on s'opposa à livrer les prisonniers avant que les sentences prononcées contre eux eussent été confirmées. A la date du 20 avril, Guillaume de Magdaiiïan déclarait n'avoir retiré de prison que le nommé Jehan Grevyn, condamné à être étranglé et pendu par le bailli d'Autun, et qu'il avait fallu réinterner, faute d'avoir satisfait à son naulage. Si le recrutement de la colonie de M. de Roberval marcha lentement en 1540 et 1541, il alla un peu mieux en 1542 puisqu'à son départ pour le Canada il avait sous ses ordres deux cents per- sonnes, tant hommes que femmes. Nous pouvons parler très librement des criminels amenés au Canada par M. de Roberval puisque aucun d'eux ne se perpétua ici. Cinquante moururent du scorbut ou mal de terre pendant l'hiver de 1542-1543, huit se noyèrent et tous les autres furent ramenés en France par Jacques Cartier dans l'été de 1543. M. l'abbé Scott écrit avec raison que pour l'honneur du pays en général et pour le nôtre en particulier, il faut applaudir à l'insuccès de l'entreprise de Roberval. Outre l'influence incontestable de l'atavisme, il ne serait flatteur pour personne de compter parmi ses ancêtres quelque personnage échappé à la potence. Source: l'abbé H.-A. Scott, Une paroisse historique de la Nouvelle-France, Notre-Dame de Sainte-Foy. |
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