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LE CHEF DONNACONA EN FRANCE



TROIS jours avant son départ pour la France, Cartier s'était emparé, par ruse, de Donnacona, grand chef de Stadacona, et de quelques autres Sauvages. Il voulait les amener avec lui en France. Donnacona avait raconté à Cartier des choses merveilleuses sur le Canada. Ainsi, d'après lui, le royaume du Saguenay contenait de l'or, des rubis et maintes autres richesses. Il y avait dans cette région des hommes blancs, comme en France, et habillés de draps de laine. Ailleurs, Donnacona prétendait avoir vu des hommes qui ne mangeaient pas, d'autres qui n'avaient qu'une jambe, etc., etc. Cartier voulait attirer l'attention du roi de France sur le Canada et il croyait, sans doute, que Donnacona intéresserait le monarque.

L'abbé Ferland blâme énergiquement Cartier d'avoir ainsi enlevé Donnacona et ses compagnons pour les amener en France.

" L'on ne saurait, dit-il, pallier l'injustice d'un tel procédé envers un vieillard inoffensif, qu'on arrachait à sa famille et à son pays, pour le transporter au-delà des mers et le jeter sur une terre étrangère. Quelque sauvage que fût sa patrie, elle ne pouvait manquer d'être chère à son cœur; elle avait nourri son enfance, elle renfermait les os de ses pères, elle avait été le témoin de toutes les peines et de toutes les joies de sa longue carrière."

Quoi qu'il en soit, Cartier présenta ses prisonniers au roi de France. François 1er, après les avoir fait interroger, ordonna de les placer en Bretagne afin de les instruire dans la religion catholique.

Au registre de l'état civil de Saint-Malo pour 1538 on trouve les actes de baptême de trois des prisonniers de Cartier:
'' Ce jour Notre-Dame, 25e de mars, l'an mil cinq cens trente- huit, furent baptisez trois sauvages, hommes des parties de Canada printes au dit pais par honneste hôme Jacques Cartier, capitaine pour le Roy nostre sire, pour descouvrir les dites terres.

'' Le premier fust nommé Charles par vénérable et discret maistre Deschamps Girault, doyen et chanoyne honoraire, parrain principal et petit parrain Monsieur le Lieutenant seigneur de la Verderye, et comère Catherine Desgranches.

'' Le second Sauvage fust nommé Françoys, nom du Roy nostre sire, par honnête hôme Jacques Cartier, principal compère et petit compère maistre Pierre le Gobein, comère madame la lieutenant de la Verderye.

'' Le tiers fut nommé.. . par Maistre Servan, Major du dit lieu. et petit compère Etienne Nouël—et la comère Maingart."

Les prisonniers de Cartier moururent dans peu d'années, à l'exception d'une petite fille, d'environ dix ans, qui put s'acclimater en France. Donnacona mourut au bout de quatre ou cinq ans, après avoir embrassé la foi catholique.

Lors du retour de Cartier au Canada, en 1541, les Sauvages de Stadacona n'eurent rien de plus pressé que de lui demander des nouvelles de Donnacona et de ses compagnons. Cartier leur apprit que Donnacona était mort, mais que les autres s'étaient mariés en France, vivaient comme des grands seigneurs et ne voulaient pas revenir dans leur pays. Ce mensonge fut accepté par les Sauvages. D'ailleurs, il y avait déjà cinq ans que leurs compatriotes étaient partis et, à part leurs parents, les Sauvages les avaient déjà oubliés!