Originaire d'Asie Mineure et des contreforts du Cachemire, la poire
est mentionnée dans de nombreux textes anciens chinois, mais il
semble que les Égyptiens, les Hébreux l'aient ignoré..
Lors de fouilles, les archéologues ont trouvé des restes
de poires dans les ruines des cités lacustres du néolithique.
Homère cite le poirier parmi les arbres du jardin d'Alcinoos
et de Laërte.
Phyrrus grand amateur de poires, en plantait partout après chaque
combat. Et certains éthymologistes voient dans l'origine du
nom latin de la poire, pirus, une référence à
ce personnage qui le premier aurait introduit la poire en Italie .
Caton l'Ancien au 2e siècle avant notre ère
mentionne 6 variétés et Pline parle de plusieurs dizaines
de variétés, quarante et une exactement. Dans le lot il mentionne
le Pirum librarium qui pesait une livre. Même si la livre
romaine ne pesait pas 500 grammes, cela faisait quand même un fruit
imposant, digne des meilleures tables. Palladius en recense cinquante-six
variétés et la diffusion de la poire se fit par l'intermédiaire
des Romains.
Galien y voit le fruit le plus propre à désaltérer,
et de fait l'expression populaire " garder une poire pour la soif " n'est
pas dénuée de sens. On les consommait crues ou cuites comme
les pommes. Les poires les moins bonnes étaient transformées
en Poiré ou en vinaigre de poire pour lequel chaque auteur que ce
soit Pline, Varron ou Columelle a sa recette.
Virgile et Juvénal ont tous deux chanté les vertus de
la poire. " Greffe tes poiriers, Daphnis; tes arrière-neveux en
recueilleront les fruits " . Ils aimaient que:
" Le poirier en buisson, courbé sur son trésor,
Sur le gazon jauni roule des globes d'or... "
Les Byzantins se délectaient de poires en gelée, en confiture
ou cuites avec du vin ou de l'oxymel.
En Italie, au Moyen Âge une liste destinée au grand-duc
de Toscane Cosme III cite deux cent neuf variétés.
Les meilleures poires du Moyen Âge était la Saint-Rieul,
l'Habisteau et surtout le Bon-Chrétien.
Saint-Louis qui souffrait d' un eczéma rebelle et de douleurs
d'entrailles insista lourdement auprès du pape Sixte IV pour faire
venir à Plessis-lès-Tours en 1482 un saint homme, François
de Paule, dénommé le " Bon-Chrétien " chargé
de le soigner. Le saint homme, un ermite calabrais quitta sa grotte des
environs de Naples où il méditait tranquillement entouré
de ses disciples. Il remit au roi un petit poirier importé d'Italie
et lui demanda de le faire fructifier pour sa guérison. Car il avait
bien vu que c'était l'âme du roi qui était malade et
que les soins dispensés à cette plante seraient un bon dérivatif
et le soulageraient de ses souffrances. Mais Saint Louis mourut le dernier
samedi d'août 1483 sans avoir pu gôuté aux poires Bon-Chrétien
lui qui espérait tant une guérison miraculeuse de ses
maux de ventre d'une compote de Bon-Chrétien cuite tout doucement
dans une marmite de terre enfoncée dans la cendre avec de l'eau
de rose, des épices et du miel.
Selon les travaux de Jean-Louis Flandrin sur l'étude des menus
du Moyen Âge et de la Renaissance, les poires étaient jugées
" digestives " selon la diététique médiévale
et d'après l' editio princeps du Viandier, à
la fin du 15e siècle, lors des banquets donnés
à la cour de Charles VII, lors du dernier " mets" on servait toujours
des poires au sucre. Les médecins recommandaient de manger certains
fruits en association avec d'autres aliments ou condiments pour en corriger
les éventuels défauts. Ainsi les poires "venteuses " étaient
souvent consommées avec du vin épicé. D'après
le Thresor de santé de 1607 , " comme elles sont fort venteuses
" doivent être " cuites en la braise avec anis, fenouil et coriandre"
et il faut boire " incontinent après un bon verre de vin vieux
". Elles sont même " bonnes et profitables cuites en bon vin rouge,
lardées de clous de girofle, sucre et cannelle, et servies avec
force beurre frais, fromage chaud sur le réchaud, sucre et épices.
" Les proverbes anciens reflètent ces principes de l'ancienne diététique:
" De bon fruit, mauvais vent et bruit", " Après la poire, le vin
", " Sur poyre vin boire ", " Après la poire, le vin ou le prêtre"
et " After a pear, wine or a priest ".
En Europe centrale et orientale les fruits, frais, séchés,
en compote, tenaient une plus grande place dans la cuisine, non seulement
dans les desserts mais aussi en accompagnement des plats de viande et de
volaille comme aromate et condiment, ce qu'ont noté avec étonnement
Montaigne et d'autres voyageurs français en Allemagne. D'après
le Dr Maugue, le schnitz était une conserve de "poires séchées
au four et cuites dans un pot avec de la graaisse ou du lard ". Arthur
Young écrit que " le schnitz est un plat de jambon et de
poires cuites; on dirait un mets pour le dîner du diable; mais en
la goûtant je fus surpris de le trouver mieux que passable."
Montaigne en 1580 remarque dans les auberges bâloises, " des
poires cuites avec le rôti " et s'étonne que les habitants
" mêlent des prunes cuites, des tartes de pommes et de poires au
service de la viande. "
En 1630, Jean-Jacques Bouchard qui à l'instar de ses contemporains
réprouve la cuisine épicée et les mélanges
sucrés-salés, écrit sur la Provence: " les vivres
s'apprêtent à l'italienne avec force épices et sauces
extravagantes et de haut goût [ et on y ] fait aussi comme en Italie,
quantité de sauces douces avec raisins de Corinthe, raisins secs,
pruneaux, pommes, poires et sucre. "
Tout comme nous manquons d'informations sur la place des fruits dans
l'alimentation paysanne au temps jadis, nous ne savons pas grand chose
sur ce qu'ils buvaient et la boisson des paysans fait l'objet de polémiques
entre historiens. Le Lyonnais Bruyerin Champier, médecin de François
Ier, écrit au 16e siècle: " Certains
en vérité confectionnent des breuvages avec des pommes, des
poires, des cerises, des prunes et par le ferment et les sorbes acides
imitent le vin, mais ils n'usent pas de ces boissons quotidiennement ;
seulement les jours de fête et certains autres, auxquels ils s'efforcent
de récréer leurs corps quand ils sont épuisés
et affaiblis par les travaux."
Jean-Baptiste de la Quintinie, directeur des jardins du roi Louis XIV,
qui recense cinquante variétés de poires bonnes, quarante-cinq
variétés de poires médiocres, soixante-neuf variétés
de poires mauvaises, plus huit poires à cuire, place la poire Bon-Chrétien,
comme " la première des poires ". Et parmi les poires à
cuire il a une prédilection pour la Catillac. Il ajoute : " Outre
les méchantes poires spécifiées ci-dessus, voici une
liste particulière de celles que je ne conseille à personne
d'en planter (quarante-trois variétés), et enfin une liste
de celles dont je ne fais pas assez de cas pour conseiller de les planter,
ni assez de mépris pour les bannir des jardins de ceux qui les aiment.
" Ce qui nous met à cinq cent variétés.
Mariage et fécondité
Si l'on parvient à peler une poire sans en briser la peau, cela
signifie un mariage dans l'année. En l'épluchant le nombre
de tours effectués avant qu'elle ne se casse sont selon ce que l'on
veut savoir, le nombre d'années avant le mariage, ou le nombre d'enfants
que l'on aura. Une pelure de poire jetée derrière soi indiquera
par la forme qu'elle prendra en tombant l'initiale du prénom du
futur époux. Si l'on veut connaître aussi son nom de famille,
il faut recommencer avec une seconde poire.
Si le soir de Noêl une jeune fille se dirige à reculons
vers un poirier en fait neuf fois le tour, elle verra son futur époux.
Maléfices
Pour les Anglo-Saxons, un poirier qui fleurit hors saison ou qui porte
à la fois des fleurs et des fruits annonce une mort dans la famille.
Le poirier attire la foudre.
On disait jadis que des poires placées dans la chambre d'une
femme enceinte protégeaient sa grossesse les premiers mois, mais
risquaient de provoquer une fausse couche dans les derniers.
Selon l'auteur du 19e siècle de La mythologie
des Plantes, Angelo de Gubernatis, le poirier a " un aspect sinistre
devant l'imagination populaire, probablement à cause de son bois
qui pourrit facilement et qui craque ou peut-être des vers qui rongent
la poire. " Le bois de poirier sert à faire les baguettes magiques.
En Provence on dit aux enfants qui veulent manger des poires sauvages
qu'ils vont attraper des poux.
Séparation
En chinois li signifie à la fois "poire" et " séparation
" selon l'intonation. C'est une raison suffisante pour éviter de
partager une poire avec quelqu'un pour éliminer tout risque de rupture.
Protection
Dans le Caucase, le poirier était considéré comme
un protecteur du bétail et l'on trouvait dans chaque maison un jeune
poirier auquel on avait coupé les branches.
Santé et longévité
En Suisse dans le canton d'Argovie on plantait un pommier à
la naissance d'un garçon et un poirier à la naissance d'une
fille. L'enfant grandissait au rythme de l'arbre et tant que ce dernier
se portait bien, il en allait de même pour son double humain. Hors,
il faut dire que le poirier qui peut atteindre deux cent cinquante
ans est un des arbres fruitiers dotés de la plus grande longévité.
Prévision météo
Une profusion de poires d'hiver annonce un hiver très dur selon
les Cévenols.
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La plupart des substances nutritives se trouvent dans la peau. Il est
donc recommandé de manger la poire après l'avoir lavée.
Riche en eau (80%), peu calorique (50 cal/100 gr), la poire est sucrée
avec 12,2 gr de glucides pour 100 grammes. Mais ses sucres, les lévuloses,
sont facilement assimilées par l'organisme à tel point qu'elle
n'est pas déconseillée aux diabétiques. Elle est riche
en sels minéraux et oligo-éléments, manganèse,
magnésium et potassium qui contribue à la régulation
de la pression artérielle. Le tanin et les sels de potassium préviennent
la formation d'acide urique et la poire est indiquée aux arthritiques,
aux rhumatisants et aux goutteux.
Une seule poire renferme environ 4 grammes de fibres insolubles qui
facilitent le transit intestinal.
La chair riche en cellulose, laxative si elle est trop verte, peut
être indigeste et provoquer des gonflements d'estomac.
Décoction:
Les feuilles de poirier servent à des décoctions diurétiques
et anti-cystites.
Jus:
Le jus de poire purifie le sang, draine les reins, stimule les intestins,
régularise la tension artérielle.
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Achat:
La poire est un fruit quasi annuel puisqu'on en trouve de juillet à
fin mars. La poire, fruit fragile se conservant mal une fois cueilli mûr
doit s'acheter en pleine saison. Choisissez la variété en
fonction de la saison. En les achetant à leur période de
maturité vous aurez des fruits plus savoureux, moins chers et plus
riches du point de vue nutritif.
Il y a trois grandes catégories:
- Les poires d'été qui représentent environ 50%
de la production avec notamment la Guyot et la William's récoltées
à partir de la mi-juillet et commercialisées jusqu'en octobre;
- Les poires d'automne qui représentent 30% de la production,
commercialisées jusqu'en février-mars avec la Beurré
Hardy, la Conférence, la Louise-bonne d'Avranches, l'Alexandrine
Drouillard, la Packham's et la Comice;
- Les poires d'hiver représentées par la Passe-Crassane
qui n'arrive à maturité que fin octobre et que l'on peut
trouver jusqu'en mars.
Il faut savoir que très souvent la poire est entreposée
en chambre froide où un traitement à base d'éthoxyquine
ou de thiabenzadole a lieu. Il est donc préférable de lire
les étiquettes et de prendre la précaution de toujours laver
la peau.
La catégorie extra garantit de bonnes poires et la catégorie
première des poires très bonnes pour les compotes, tartes
ou confitures.
Une poire doit s'acheter mûre, sans tache sur la peau avec la
chair un peu molle sous le doigt. Une trace blanchâtre sur la peau
indique qu'il y a eu traitement.
Congélation:
La poire se congèle assez mal mais la compote de poire
donne de bons résultats.
Boissons:
On fait avec la poire de l'alcool de poire et du poiré, une
boisson pétillante parfumée et alcoolisée, le pendant
du cidre pour la pomme. Mais alors que le cidre est resté une boisson
populaire, la consommation du poiré a décliné dès
le 19e siècle. Aujourd'hui il n'est plus fabriqué
que par marques spécialisées.
Bois:
L'écorce du poirier contient une teinture jaune et une substance
bactéricide, l'arbutine.
Le bois dur et régulier sert à la sculpture. Très
parfumé, il sert aussi à fumer des aliments.
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