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(Persica vulgaris, Prunus persica; Angl : peach; All : pfirsich ; Esp : melocoton, durazno; Ital : pesca, Chinois : tao; Russe : piersika)
Il y a plusieurs centaines de variétés classées selon la couleur de la chair, rouge, jaune ou blanche, l'adhérence des noyaux ridés, striés ou perforés, l'aspect de la peau plus ou moins duveteuse et pelucheuse, et plus ou moins lisse, et la période de maturité. Les arboriculteurs ne cessent de chercher à améliorer les variétés en privilégiant les variétés les moins fragiles et les plus faciles à transporter. On distingue deux grandes variétés à chair blanche qui représentent à peu près 30% de la production et les pêches à chair jaune d'origine américaine. Les pêches à chair blanche sont plus précoces elles donnent à plein au mois de juin. Elles ont une peau fine, elles sont juteuses et délicieuses mais elles voyagent mal et supportent mal le frigorifique. Les variétés à chair jaune très présentes sur les marchés en juillet-août ont un rendement plus élevé et sont moins fragiles à transporter et elles ont tendance à envahir le marché.
Les nectarines, que beaucoup confondent avec les brugnons,
sont des pêches à peau lisse et brillante dont la chair blanche
n'adhère pas au noyau contrairement aux brugnonsqui ne sont
pas des pêches mais des hybrides de la pêche et de la prune
et dont le noyau est adhérent et la chair jaune. Cette différence
est difficile à vérifier car actuellement il existe de plus
en plus d' hybrides de nectarines et de brugnons.
Si Théophraste trois cents ans av. J.C. la nomme " pomme de Perse ", c'est parce qu'il la croyait originaire de la Perse. Pline en cite plusieurs variétés, mais ne semble pas en faire très grand cas, car il leur reproche d'avoir plus d'eau que de parfum. En outre il prétend que bien qu'elles soit aqueuses, elles donnent soif. ll compare les abricots aux pêches et il les préfère nettement aux pêches: " Ils sont du même genre que les pêches, mais ils les surpassent de beaucoup en bonté : ils ne se corrompent ni ne s'aigrissent, comme elles dans l'estomac, paraissent généralement plus agréables et sont par conséquent plus faciles à digérer. " Il affirme que les pêches n'ont été introduites de Perse que récemment et raconte que la transplantation de pêchers sur l'île de Rhodes ayant échoué, les arbres ont été envoyés en Italie. Une fresque d'Herculanum montre des pêches près d'une carafe d'eau. L'une d'elle a été croquée et laisse apparaître son noyau rouge et ridé. Le prêtre italien Venance Fortunat, chapelain de la reine Radegonde au 6e siècle, et incorrigible goinfre doté d'une solide réputation de pique-assiette, eut une indigestion mémorable après le dessert que lui offrit un certain Mummolenus au cours d'un repas à Soissons : " On me présenta d'abord les doux fruits que le vulgaire appelle des pêches; on ne se lassait pas de m'en donner et je ne me lassais pas d'en manger; bientôt j'eus le ventre tendu comme celui d'une femme près d'accoucher; j'admire comment je pus me dilater à ce point. Le tonnerre grondait en moi avec des roulements divers, tournicotant mes entrailles. Il y faisait grand vent." Le Capitulaire De Villis de Charlemagne recommandent la diffusion du pêcher qui était alors cultivé en plein champs. Ce n'est qu'à la Renaissance que l'on " redécouvrit" la culture en espalier pratiquée depuis longtemps par les Chinois. Au Moyen Âge, on trouve trace d'une recette du 13e siècle de canard sauvage aux pêches et à la réglisse. Un plat que pourraient réactualiser les grands chefs d'aujourd'hui!
Ce fruit délicat resta longtemps exceptionnel. Selon les conceptions
médiévales, la pêche avait un statut élevé
dans la hiérarchie des aliments. Plus une plante poussait haut,
plus sa consommation était considérée comme noble.
Tout comme dans le domaine animal les volatiles étaient placés
au sommet de la hiérarchie, dans l'univers végétal,
les fruits poussant en l'air étaient vus comme supérieurs
aux légumes, et plus encore supérieurs aux légumes
enterrés. Les bulbes et les racines en contact étroit avec
la terre et ayant leur partie comestible enfoncée dans le sol étaient
tout en bas de la hiérarchie alimentaire, tout juste bons pour les
petites gens. L'agronome Pietro Crescenzi écrit que " l'humeur nutritive
de la plante est insipide dans la racine, et plus elle s'éloigne,
plus elle acquiert une saveur convenable ". Un de ses collègues,
Corgnolus de La Corgne affirme que " beaucoup de fruits sont savoureux
au sommet des arbres, mais ramassés par terre, ils deviennent insipides
à cause de la prédominance aqueuse."
Autant et même plus que le vol, Messire Lippo lui reproche de transgresser l'ordre social, de miner la hiérarchie, de s'attaquer aux privilèges de classe, car il y a des aliments pour les seigneurs, ce que sont les pêches, et des aliments pour les pauvres et chacun doit manger selon sa " qualité ". C'est d'ailleurs ce qu'affirment toutes les autorités en matière de médecine, de botanique ou d'agronomie de l'époque. Déjà dans le roman courtois Tirant le Blanc de Johannot Martorell, quand le comte-ermite renonce à l'austérité pour se convertir à la vie courtoise de gentilhomme, il passe un test: " De nombreuses variétés de mets lui furent offerts sur la table, et lui, expert et savant, ne mangea pas autre chose que les bons mets, en négligeant les autres ". Comme le résume très bien Massimo Montanari dans La Faim et l'abondance : " Manger " selon sa qualité " est en effet une nécessité physiologique: tous les médecins depuis Hippocrate l'avaient confirmé. Le tout était de s'entendre sur le sens à donner au mot à la fois très clair et ambigu de qualité. Dans l'Europe du XIVe au XVIe siècle, l'imaginaire culturel des classes dominantes semble ne pas avoir de doute à ce propos: la qualité, c'est le pouvoir. Les choses deviennent alors plus simples, puisque rôle social et comportement alimentaire se confirment l'un l'autre, et avec une évidence immédiate. Aux estomacs des gentilshommes des nourritures précieuses, élaborées et raffinées (précisément celles que le pouvoir et la richesse permettent de consommer et de montrer quotidiennement sur sa table); à l'estomac des pauvres, des aliments communs et grossiers."
Si dès l'Antiquité, ils se méfiaient du fruit, ils appréciaient les fleurs et les feuilles pour leurs vertus sédatives et purgatives. Henri Leclerc nous rapporte que " le sirop de pêcher était un des rares purgatifs qui trouvât grâce aux yeux de Gui Patin, dont l'arsenal thérapeutique se réduisait ordinairement au séné, au son et à la saignée, ces trois "S " avec lesquels Théophraste Renaudot l'accusait charitablement d'envoyer ses malades dans un monde meilleur..." Voltaire et Louis XV utilisaient le sirop de pêcher contre la constipation. Du temps de François 1er, il y avait une quarantaine d'espèces de pêche dont certaines portent des noms charmants comme le téton de Vénus, l'admirable, la belle de Vitry, la belle de Chevreuse... qui conviennent à ce fruit sensuel. Beaucoup de pêches étaient cultivées en Île de France là où s'élèvent aujourd'hui des cités-dortoirs car les moyens de transport d'alors ne permettaient pas d'acheminer ces fruits fragiles du Midi, pas plus que d'Italie ou d'Espagne comme c'est le cas aujourd'hui. Vu le climat, malgré la culture en espalier et les soins attentifs des arboriculteurs, les pêches n'arrivaient à maturité qu'à la fin de l'été, deux mois plus tard que dans le Midi. C'est ainsi que Jean-Baptiste de La Quintinie qui leur fit une grande place dans le Potager du roi les classe parmi les fruits de septembre: " C'est le véritable mois des bonnes pêches, tout en regorge de tout côtés, ce n'est que par grandes pyramides qu'on en sert à chaque repas... chacune mûrissant règlement selon l'ordre de maturité que la nature a établi pour elles, er cela sans doute afin de leur donner lieu de fournir copieusement et successivement toutes les parties du mois entier...". Bien entendu il pratiquait la culture en espaliers dans les jardins du roi Louis XIV qui raffolait des pêches et il insistait sur " l'idée de beauté que demandent les espaliers. Pour faire que des espaliers aient la beauté qui leur convient, je crois qu'il faut principalement que toutes les branches de chaque arbre, en garnissant sur les côtés l'endroit de la muraille qu'ils doivent garnir, soient si bien tirées et si également placées à droite et à gauche que dans toute leur étendue, à les prendre d'où chacune commence jusqu'à toutes les extrémités de leur hauteur et de leur rondeur, on ne puisse apercevoir aucune partie de l'arbre ni plus vide ni plus pleine que l'autre, en sorte que d'un coup d'il, on voit distinctement tout ce qui le compose jusqu'à pouvoir compter si on veut..." La Quintinie appuyait ces espaliers à des murs blancs qui reflétaient la chaleur solaire, comme on le pratiquait en Chine depuis longtemps. La Quintinie qui savait que le plaisir de la table peut aussi être plaisir des yeux, écrit: " Ce mérite paraît encore quand on coupe la pêche avec le couteau, qui est, ce me semble, la première chose à faire à qui la veut agréablement manger quand on est à table et pour lors, on voit tout le long de la taille du couteau comme une infinité de petites sources qui sont, ce me semble, les plus agréables du monde à voir... " D'après Alexandre Dumas, c'est Girardot, un ancien mousquetaire reconverti dans l'agriculture qui, faute d'espace suffisant dans son jardin, en 1695 aurait introduit la culture sur espaliers devant un mur blanc dans sa propriété du village de Bagnolet. Il raconte qu'il aurait fait parvenir douze pêches superbes à Louis XIV alors qu'il chassait. Admiratif, le roi aurait été voir les espaliers qui donnait des fruits si magnifiques et si délicieux et lui aurait, outre une pension, accordé le privilège de présenter chaque année une corbeille de ses plus belles pêches.
Sous le règne de la reine Victoria, il était de rigueur
de présenter dans les dîners élégants une pêche
dans un écrin de coton.
Le pêcher a un effet bénéfique sur les états fébriles. Les Marseillais recommandent aux malades de sommeiller sous un pêcher le dos bien appuyé au tronc. En Provence, les noyaux de pêche bénies à la fête de Saint-Césaire guérissent la fièvre et protègent du malheur. En Italie, on pense se débarrasser des verrues en enterrant des feuilles de pêcher dans le sol. En Sicile, manger un fruit cueilli sur un pêcher ou mordre dans l'écorce d'un pêcher guérit du goitre, mais l'arbre dépérit et meurt par la suite.
D'après la légende c'est l'empereur Houang-Ti qui eut l'idée de remplacer les gardiens de la Porte des Revenants par leurs figurines en bois de pêcher. Cette porte s'ouvre à la fourche des branches du pêcher d'Immortalité, un pêcher énorme de 3000 lis de tour, si gigantesque qu'il faut mille hommes se tenant par la main pour l'embrasser. Les gardiens de la porte d'où sortent subrepticement les esprits étaient chargés de s'emparer des revenants malfaisants désireux de revenir tourmenter les vivants et de les jeter en pâture aux tigres. Depuis que les gardiens ont été remplacés par les figurines, les mauvais ne peuvent plus passer en douce et doivent rebrousser chemin. Dans l'art chinois on trouve fréquemment sur des vases ou des plats en porcelaine un décor de rameau de pêches pour signifier la longévité et de chauves souris pour le bonheur.
" Prenez des noyaux de pêche sans en ôter les amandes,
mettez-les dans le feu pour les réduire en charbons bien brûlés;
alors retirez-les, et, lorsqu'ils sont bien noirs, prenez-en une partie,
que vous mêlerez avec autant de noir de fumée; ajoutez-y deux
parties de noix de galle concassées; faites dans l'huile desséchée
de gomme arabique quatre parties; que le tout soit mis en poudre très
fine et passée par le tamis. Mettez cette poudre dans de l'eau de
rivière. Il est inutile de faire remarquer que tous les objets décrits
ci-dessus doivent être absolument neufs. "
Outre leur 85% d'eau et leurs 12% de sucre, les pêches, assez peu nourrissantes (55cal/100g), contiennent beaucoup d'oligo-éléments, du soufre, du potassium, du phosphore, du sodium, du calcium, du chlore, du fer, du zinc, du manganèse, du bore, des vitamines A, B1, B2, PP, C. La pêche, très digeste même pour les estomacs fragiles ou fatigués, est apéritive, diurétique, laxative, dépurative, vermifuge et antispasmodique. Si vous souhaitez bénéficier de toutes ses vertus nutritives et digestives, il faut les manger avec la peau bien lavée. Il faut choisir les pêches à point car pas assez ou trop mûres, elles provoquent la diarrhée.
Voltaire et Louis XV utilisaient le sirop de pêcher contre la constipation.
Dans l'Antiquité, ces préparations avaient la réputation de protéger de l'ivresse et de calmer les migraines.
D'une façon générale les variétés à chair blanche sont plus parfumées et plus sucrées que celles à pulpe jaune. Mais ces dernières, plus fermes, se prêtent mieux à la cuisson et aux conserves. Si l'on enlève le noyau qui donne un goût amer, la pêche se congèle assez bien.
Le marché de la pêche en conserve porte sur 450 000 tonnes, quatre fois plus que l'abricot.
Au niveau de la CEE, de loin le plus gros marché, la moitié
de la production vient de Grèce, tandis que le reste vient d'Italie,
d'Espagne et d'Afrique du Sud.
C'est un symbole de renouvellement et de fécondité, un emblème du mariage. Un décor de fleurs de pêcher évoque l'harmonie dans le mariage et le second mois de l'année. Les mots "pêche " et "mariage " s'écrivent avec le même caractère tao. Selon la légende les pêches apportent le bonheur aux nouveaux mariés parce que la période la plus propice aux mariages heureux est à la première lune du nouvel an chinois, en février, époque où fleurissent les pêchers. La pêche est un des attributs de Cheou-Sing, " Étoile du vieil âge ", dieu de la longévité. La pêche apporte mille printemps rapporte l'iconographie populaire. La pêche et le pêcher sont un symbole d'immortalité et les Immortels se nourrissent de fleurs de pêcher. La pêche de survivance, nourriture magique des Immortels taoïstes est le fruit du pantao, le " plateau de pêches ", un arbre fabuleux poussant dans le jardin de la Reine mère de l'Est, Siwang mou, qui tous les 3000 ans porte des fruits qui confèrent l'immortalité. Leur sève a la pouvoir de rendre lumineux le corps de celui qui y touche. Placé à la tête des Huit Immortels taoïstes, le philosophe Tchong-li Kiuan, possesseur de l'elixir de longue vie, qui aurait vécu sous la dynastie des Han, tient une pêche ou un champignon magique à la main. Surnommé " Prince Empereur du vrai printemps " ou " Seul indépendant sous le ciel ", il tient aussi un éventail pour chasser les êtres malfaisants et ranimer les âmes des défunts. La vue des fleurs de pêcher fut la cause de l'illumination du moine Ling-yun, car cet arbre n'est autre que l'Arbre de Vie, ramenant celui qui y parvient au centre du Grand Tout.
Dans la mythe d'Izanagi, celui-ci se protégea du tonnerre grâce
à la pêche. Celle-ci comme en Chine joue un rôle de
protection contre les influences néfastes.
L'universitaire américain S. Cammann fait remarquer que les fleurs de pêcher se voient rarement seules dans l'art chinois. Or, cela s'explique aisément, car n'ont-elles pas tendance à tomber prématurément. Et puis ajoute-il, elles font penser aux prostituées, ces autres " fleurs de pêcher " tombées.
Le téton de Vénus est le nom d'une des variétés
de pêche très appréciée dès la
Renaissance, époque où les pêches portent presque toutes
des noms à connotation féminine.
La pêche est un excellent fruit de bouche. La pulpe joue un rôle dans la préparation de desserts, confitures et marmelades, salades et soupes de fruits, fruits confits... Elle sert aussi à faire de délicieux chutneys à servir avec de la dinde, du canard, du porc ou du jambon froid. [HAUT DE LA PAGE] | |||||||||||||||