Feuilles fraîches
Toutes ont un goût acidulé, très tranché
dû à la présence d'acide oxalique, ce qui explique
qu'on leur ait donné les noms vulgaires de " aigrette ",
" surette ", " surelle " ou " vinette ". Faible au
début du printemps, l'acidité augmente peu à peu au
fur et à mesure qu'on avance dans la saison, et par ailleurs les
jardiniers savent bien que l'importance du terrain, ainsi que le fait que
l'oseille plantée au soleil est plus acide que celle qui a poussé
à l'ombre.
Les feuilles doivent être ébouillantées avant d'être
consommées.
Surgelé
On ne trouve de l'oseille que fraîche en saison. On ne vend pas
d'oseille séchée et très peu en conserve. Par contre
les feuilles peuvent être congelées, et l'on trouve maintenant
très facilement des petits galets d'oseille surgelée, et
de l'oseille ciselée en boîte-verseuse, très pratiques
d'emploi, dans les magasins de surgelés.
Astuce:
Sachez que le jus des feuilles peut servir à
éliminer des taches de rouille, des moisissures, ou des taches d'encre,
et qu'on vendait autrefois chez les droguistes un " sel d'oseille ", un
vrai poison, destiné uniquement à décaper les métaux
oxydés.
Attention!
L'oseille doit être cuisinée dans des
plats en terre ou garnis de Téflon, mais surtout pas dans des plats
métalliques, en inox, en aluminium ou en cuivre. Elle est incompatible
avec les eaux minérales.
L'oseille doit être consommée aussitôt
après la cuisson, sinon elle développe des sels oxaliques
dangereux pour les reins. Ces sels peuvent provoquer des troubles dangereux
dont la gravelle, formation de calculs d'oxalate de chaux.
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Cuisine médiévale
Les Anglais l'employaient pour faire une " sauce verte " destinée à accompagner le porc. Et en Europe Centrale, elle servait à acidifier des sortes de soupes au chou, ancêtres de la choucroute. A la même époque, son jus servait comme le verjus, le moût, le jus de grenade ou le vinaigre à préparer la moutarde que l'on faisait à la maison en broyant les graines de moutarde dans un liquide acide.
Le Ménagier de Paris la fait figurer crue dans les recettes de " sauce verte " pour accompagner le poisson. Et de fait, l'acide oxalique qu'elle contient dissout les petites arêtes de poisson comme celles de l'alose, du saint-pierre ou du saumon.
Europe
L'oseille a été remise à l'honneur chez les grands chefs. Puis elle est passée des commerces de luxe aux rayons des supermarchés. D'abord réservée à des produits chics, on l'a vue entrer dans la confection de purées, mousses, petites terrines fraîches et raffinées. Et maintenant beaucoup de plats surgelés ou cuisinés sous vide concoctés par quelques vedettes de la profession l'ont fait redécouvrir au grand public, en général avec le poisson. A l'étape suivante, il y a de grandes chances pour qu'elle finisse dans les cantines et les potages des personnes âgées.
Les feuilles sont consommées jeunes et de préférence légèrement blanchies dans des salades avec très peu de citron ou de vinaigre, ou fondues au beurre. Elles fondent beaucoup à la cuisson et prennent vite la consistance d'une purée.
Elles relèvent des plats d'épinards, des oeufs brouillés, des omelettes, des soupes, des crèmes de légumes, le potage Germiny, des sauces vertes, de la mayonnaise ou une hollandaise, des farces pour les volailles un peu grasses ou du saumon. La cotriade de Cornouaille, cette célèbre soupe de pêcheurs et marins bretons que l'on faisait jadis à bord des bateaux avec le tout venant de la pêche du jour dont du maquereau sur des "cotrets" supportant la marmite au dessus du feu est relevée d'un gros bouquet de persil, cerfeuil, thym, estragon... et d'une bonne poignée d'oseille équeutée et hachée.
Elles peuvent être consommées en légumes, bien qu'elles soient très acides. Dans ce cas elles se préparent comme des épinards à qui elles ont jadis souvent servi de substitut, en garniture avec du poisson, du saumon en particulier, ou même de la viande, notamment le veau.
Pensez au beurre d'oseille, si simple à utiliser avec les poissons.
Moyen-Orient
Au Moyen-Orient, l'oseille est associée au sumac ou à la molokheia pour la cuisson des fèves et de lentilles.
Afrique
La cuisine africaine utilise beaucoup de feuilles-légumes indigènes qu'on appelle " feuilles " ou brèdes à Madagascar. En exil, elles ne sont pas toujours faciles à trouver et comme substitut on utilise de l'oseille ou des épinards. Dans le cas des épinards, il faut ajouter un peu de jus de citron ou de tamarin pour que le goût soit juste assez acide pour remplacer les " feuilles ".
En cuisine, l'oseille était connue pour son acidité. Elle était également appréciée à l'époque médiévale pour " verdir " les plats. Les épices, herbes et aromates devaient " donner couleur ". La vue des plats structure le goût des mangeurs et l'on s'ingéniait à blanchir au lait d'amandes, à jaunir au safran ou à verdir avec des herbes. Le Ménagier , qui comme les autres auteurs de recettes de l'époque, aime les couleurs, et parle de couleur " belle ", " bonne ", " plus certaine ", ou " fade ". Il affirme qu'une mauvaise couleur " donne du découragement quand on la voit ". Comme le fait remarquer Massimo Montanari, dans La Faim et l'abondance, la cuisine des classes dominantes du 14e et 15e siècle était encore plus ostentatoire, axée sur l'image, l'apparence, la théâtralité: " L'oeil (justement) a toujours prétendu avoir sa part. Mais il y a une époque où cette part a été prépondérante; et où la recherche des formes a dicté ses lois. Des formes gastronomiques: la confection des plats, leur aspect, leur couleur... Formes du cadre: la scénographie conviviale, les modes de présentation de la nourriture, la gestualité du service... "
Pour Le Ménagier c'est clair, la vinaigrette doit être brune " Brune, comme sera-t-elle brune s'il n'y a pas de pain hallé (grillé)? " La sauce Jance au gingembre doit être jaune, de même que la chaudumée au brochet qui comporte beaucoup de safran, de poivre long, de graines de paradis, il faut que se " soit jaune ". D'après lui la genesté, un ragoût, est appelé ainsi à cause de sa couleur jaune qui rappelle les fleurs de genêt et doit en avoir la couleur grâce à du jaune d'or et du safran. A propos du brouet à la mode de Savoie, il écrit:: "Et Nota que si le safran colore le brouet en jaune, le persil le colore en vert. Il semble qu'on obtienne une mauvaise couleur; elle serait sans doute plus nette si le pain était noirci, car le pain noirci et le safran donnent du vert, tout comme le persil ". Il dit du brouet vert aux oeufs et aux fromages qu'il doit être vert, qu'il " soit vergay ". La sautyé, sauce verte pour conserver le poisson de mer est à base d'hysope, d'oseille entière , de persil, de sauge et de marjolaine, il précise qu'une fois le tout passé, la couleur doit être verte. Un texte italien du 14e siècle affirme: " Pour tout ce qui est dit ici, le bon cuisinier pourra en tout être savant, et il pourra varier et colorer les plats selon son sentiment. "
Apparemment Le Ménagier aime beaucoup le vert avec ses 26 recettes et 27 autres plats qu'on doit servir avec de la sauce verte. La couleur semble primer le goût dans la plupart des recueils de recette de l'époque, puisque la saveur des herbes est très variable, et qu'on les conseillait indifféremment pour leur capacité à colorer. Ainsi pour la sauce verte pour accompagner le poisson Le Ménagier dit qu'il faut broyer du persil et de l'oseille ou l'un des deux ou encore du romarin, mais il faut s'arranger pour que cela soit vert. Peu importe qu'ils s'agissent de feuilles d'oseille, d'épinard, de persil, de bourrache, de menthe, de blé d'hiver, de fèves, de vigne, de benoîte ou de barbarin!
Isabeau de Bavière avait mis le vert à la mode. D'abord, réservée à la chambre d'accouchée, cette couleur était devenue distinguée au point que les riches bourgeoises la choisissaient pour les tentures de leurs chambres.
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