Des noyaux appartenant à l'espèce Prunus Insititia
ont été retrouvées lors de fouilles archéologiques
dans le sol d'anciennes cités lacustres en Suisse et dans la Dauphiné
notamment, ce qui nous ramène à quelques millénaires
avant notre ère. Dans l'antique cité gallo-romaine de Grand
dans les Vosges, des noyaux de prunes dont des noyaux de mirabelles ont
été découverts. On ignore s'il s'agissait d'un fruit
déjà cultivé localement ou implanté par les
Romains.
Nous n'avons aucune mention écrite du mirabellier avant
son introduction à Mirabeau dans le Vaucluse puis en Lorraine par
le roi René (1409-1480), duc d'Anjou et de Lorraine, monarque provençal,
dit " Le bon roi René ". Selon le chroniqueur Bourdigues du
début du 16e siècle, " le bon roy se réjouissait
à planter et à enter arbres ... et pour certains fut le premier
qui d'estranges pays fist apporter... singularitez ignorées en Anjou.
" Celui-ci avait de qui tenir puisque c'est son grand-père, duc
d'Anjou qui avait introduit en France la première prune " damas
" au retour de la cinquième croisade.
Toutes les personnalités importantes de passage à Metz
se voyaient offrir des mirabelles, confites ou en confiture, comme un cadeau
de valeur. Ce fut le cas pour Charles IX et sa mère Catherine de
Médicis lors de leur venue en Lorraine en 1586 en visite officielle.
A partir du 16e siècle, la réputation de la mirabelle
confite et de la confiture de Metz n'était plus à faire.
On sait qu'en 1789 quatorze confiseurs préparaient à
Metz chacun de 600 à 2000 pots de cinq à six kilos. De plus,
ce qui ne gâte rien, si l'on en croît la Lorraine
illustrée de 1886 de Loridan Larchey: " il paraît
qu'à la fin du siècle dernier les charmes des confiseuses
s'alliaient à la beauté des produits pour stimuler les acheteurs
!" Un certain ancien chanoine de Verdun, toujours vert bien qu'octogénaire
aurait été conquis par les charmes d'une marchande de la
Place Saint Jacques à qui il adressa plusieurs " poulets " dont
l'un commençait par ses vers:
" Que ne vendez-vous le plaisir de vous voir !
J'en serais plus jaloux que de vos mirabelles..."
En 1675, l'abbé Merlet range la mirabelle parmi les prunes "
les meilleures et les plus connues " et écrit: " La mirabelle est
une espèce de petit Damas blanc, qui charge beaucoup, quitte son
petit noyau des mieux, est assez sucrée... Il y a la grosse et la
petite Mirabelle, toutes deux d'égale bonté. " Le Baron de
Tschoudi note en 1777 que " Le commerce que l'on fait à Metz de
la mirabelle confite en entier est un objet considérable ". De La
Bretonnerie écrit en 1784 : " on en fait de bonnes compotes et d'excellentes
confitures, celle de Metz est la plus estimée." Une revue horticole
de 1850 loue " les pruneaux d'Agen, de Tours, le cidre de Normandie, le
kirsch wasser de Fougerolles, les figues de Marseille, les raisins de Corinthe
mais aussi les Mirabelles de Metz ..." Un ouvrage de 1886, La Lorraine
Illustrée, vante avec enthousiasme la mirabelle: " Une gloire
messine est aussi la mirabelle et cette gloire n'est pas moins méritée.
Il y a beaucoup de fausses mirabelles; quand on y a goûté
une fois, il n'y a plus d'erreur possible; petite ronde, d'un beau jaune
mat qui s'abricote au soleil, exhalant un parfum doux et pénétrant,
la mirabelle est la plus saine et la plus délicate des prunes. Malgré
le soin de préparations réputées et goûtées
depuis longtemps, la mirabelle confite ou réduite à l'état
de pruneau ou de marmelade, ne sera jamais comparable à la mirabelle
mangée sur l'arbre à l'heure où la brume matinale
lui donne une sorte de velouté ! C'est d'une délicatesse,
d'une fraîcheur sans pareille. "
L'hiver de 1779-1880 au cours duquel " des arbres centenaires avec des
troncs comme des chênes éclatèrent la nuit avec un
bruit sec " fut terrible et anéantit la plupart des plantations
de quetschiers et de mirabelliers, mais les Lorrains encouragés
par l'administration allemande replantèrent. Des mirabelliers
de préférence, car plus résistants que les quetschiers.
Les dégâts considérables causés à la
vigne par le phylloxéra à partir de 1892 furent aussi favorables
à l'extension des vergers.
Notons que tous les traités d'agriculture antérieurs au
19e siècle sont muets sur l'utilisation de mirabelles
dans la fabrication d'eau-de-vie.
" Lorsque j'offre une bouteille de mirabelle à un ami,
il m'arrive d'y écrire :
Radieuse mirabelle aux vertus souveraines
Tu portes en toi l'âme de la Lorraine."
Dans les campagnes, la goutte était parée de vertus curatives.
On en prenait les lendemains de fête dans des infusions de menthe
ou de camomille, histoire de se remettre des libations de la veille. On
l'avalait quand on avait la grippe en grog dans un verre d'eau chaude,
certains que cela couperait net les racines du mal pendant la nuit. On
en prenait aussi en cas de rage de dents, d'indigestion, d'urticaire. On
s'en servait aussi pour nettoyer une plaie superficielle, ou en frictions
contre les rhumatismes ou les crampes. On en frottait la plante des pieds
des bébés fragiles pour qu'ils soient plus vigoureux. Mais
comme l'écrit Joseph Cressot dans Le Pain au Lièvre
: " Les méchantes langues disent que plus on a de goutte plus on
en boit. C'est peut-ête vrai de certains villages et de certaines
gens; mais chez nous on était plutôt sobres... Vraiment, à
part les deux ou trois ivrognes que doit posséder tout village qui
se respecte, nous ne savions pas ce qu'est l'alcoolisme. Claude Thouvenot
dans Le Pain d'autrefois va dans le même sens: " Il
s'agissait en effet de cas d'espèces. Chaque village, chaque bourg
avait ses pochards, ses " buveurs de profession ". Les ouvriers des chantiers
ou des ateliers; charretiers, cultivateurs pauvres, ouvriers maçons
, charpentiers, forgerons, charrons, maréchaux ferrants et autres
" artisans du feu " étaient souvent des consommateurs d'autant plus
importants qu'ils se déplacaient, recevaient des clients, ou faisaient
des " métiers à boire ".
Dans la Lorraine d'autrefois on appelait brandeviniers les fabricants
d'eau-de-vie, les artisans spécialistes qui distillaient leurs propres
récoltes ou celle des autres. Quant au bouilleurs de cru, c'était
au sens large, les propriétaires qui distillaient ou faisaient distiller
leur propre marc, leurs propres fruits. Aujourd'hui c'est ceux qui détiennent
toujours le privilège de distiller ou de faire distiller en franchise
tout ou partie de la récolte dans la limite d'un certain volume
d'alcool pur fixé par la loi. Les bouilleurs de crus de mirabelles
étaient encore plus de 130 000 il y a 25 ans.
La dernière semaine d'août, toute la ville de Metz
et de nombreuses localités de la région vivent au rythme
de la Fête des Mirabelles.
[HAUT DE LA PAGE] 
La belle Mira
D'après la légende, " Une belle princesse habitait jadis
un château de Lorraine. Elle s'appelait Mira. Comme elle était
non seulement très jolie, mais aussi très bonne, elle accueillit
un jour au château une vieille femme qui demandait l'hospitalité.
Or, cette femme n'était autre qu'une fée qui, touchée
par la bonté de la princesse, voulut remercier celle-ci à
sa manière. Des arbres sans fruits entouraient le château.
D'un coup de sa baguette magique, la fée suspendit aux branches
de petites boules dorées, toutes plus belles les unes que les autres.
quand cela fut fait, elle dit en s'adressant à la princesse: " puisque
tu t'appelles Mira et que ta beauté n'a d'égale que ta générosité,
ces fruits porteront désormais le nom de mirabelles..."
Météo
Le proverbe lorrain l'affirme: " Quant' les mirôblèys
sont fyôris, les trôs promèys de Mai, a z'a n'ont, s'i
faît bé; s'i pyût, c'ast faît ", ce qui signifie
que " Quand les mirabelliers sont fleuris, les trois premiers jours du
mois de mai, on en a (des mirabelles )s'il fait beau, s'il pleut, c'est
fini, il n'y a plus d'espoir. "
Comptine
" Saint Nicolas, mon bon patron
Apportez-moi des macarons
Des marrons pour les garçons
Des biscuits pour les petites filles
Des mirabelles pour les d'moiselles"
Saint Nicolas
Voici la légende de la mirabelle telle que la rapportait l'abbé
Miot (1906-1932), ancien curé de Foug:
" Un jour, le duc Ferry, quittant sa bonne ville
De Nancy, s'en alla jusqu'à Varangéville;
Il était triste et las, déjà vieux et cassé
Pliant sous le fardeau d'un lourd et long passé...
Il vint s'agenouiller, au seuil du sanctuaire,
Où de Saint Nicolas, l'image séculaire,
Se dresse toute en marbre, avec les trois enfants
Qui sortent de la cuve, ingénus, triomphants.
Saint patron, dir Ferry, la Lorraine est meurtrie
Par une guerre atroce implacable inouïe.
Les brigands ont brûlé, villages et hameaux
Multipliant partout, l'épouvante et les maux.
Les blés verts sont fauchés: la récolte est
perdue,
Mes gens meurent de faim, pauvre foule éperdue,
Désertant leur foyer, haletants, aux abois,
Ils ont fui sous l'orage et campent dans les bois.
Ceux qui tombent aux mains, de ces bandits féroces,
Périssent au milieu de souffrance atroces.
Pour comble de malheur, la Peste au front hideux,
Décime chaque jour, mon peuple miséreux.
Plus d'espor ici-bas ! Seule votre puissance,
Bon Saint Nicolas, peut finir notre souffrance,
Faites pleuvoir sur nous, vos bienfaits souverains;
Secourez vos amis, les enfants des Lorrains.
Pendant, ce temps, le Saint baissait sa blanche tête,
En écoutant pensif, l'émouvante requête.
Il disparut soudain s'envolant vers le Ciel.
En disant : je m'en vais consulter l'Eternel,
Il reparut bientôt et dans un geste auguste,
Tendit au noble duc un magnifique arbuste.
"Accepte ce présent, que Dieu vient de créer,
Dit-il et fais le croître et se multiplier.
Et bientôt tu verras tes vieux friches en herbe,
Se couvrir d'un manteau de verdure superbe,
Les fruits qui surgiront auront la couleur de l'or,
Du trône de Dieu même et seront un trésor
Pour tes sujets. Du sol lorrain seul apanage
Ce fruit venant ailleurs sera dur et sauvage.
Il te fournira même, une douce liqueur,
Qui pourra de la peste anéntir l'horreur. "
Ferry remercie, se saisissant de l'arbre,
Et Nicolas repris son visage de marbre.
Lorrain ! Soyez heureux, car c'est depuis ce temps,
Que vos riants coteaux, fleurissent au printemps,
Produisant à l'automne une moisson si belle,
D'un fruit si bon, si doux, si fin: la mirabelle.
[HAUT DE LA PAGE] 
La mirabelle, comme la plupart des prunes, est riche en fibres
et légèrement laxative et diurétique. Elle est riche
en vitamines E, un antioxydant qui peut retarder les effets du vieillissement
en protégeant les cellules des effets nocifs des radicaux libres.
[HAUT DE LA PAGE] 
Fruits de bouche:
Recherchées pour les conserves, les confiseries, les compotes,
il y a celles " de Metz " à petit noyau et à faces latérales
lisses. Il y a surtout les plus grosses, la Lorraine plus ronde, plus grosse
et plus parfumée, la Mirabelle double, la Drap d'Or, la Grosse mirabelle
que l'on dit " de Nancy " au noyau épais à la surface ridée
au point d'attache du pédoncule. La pleine saison des mirabelles
est le mois d'août. Mais les premières sur les étals
sont les précoces comme la Prune Mirabelle précoce et la
Prune précoce de Bergthold qui mûrissent en juillet, les tardives
comme la Mirabelle parfumée de septembre et la Mirabelle tardive
de Corny qui mûrissent à la mi-septembre.
Mises à part la variété des damasines, on trouve
parfois sous le nom de mirabelles de petites prunes rouges dont la chair
colle fortement au noyau. Ce sont souvent des fruits d'importation, plus
beaux à voir qu'à manger, car acides et farineux