(Daucus carota; Angl : carrot; All : mohrrübe, karotte; Esp : zanahoria; Ital : carota)

Cette humble racine est l'un des rares légumes qui n'aient pas le moindre soupçon d'exotisme dans ses gènes. Cette Ombellifère, cousine du persil, du panais, du cerfeuil et de la mortelle ciguë, est fille d'Europe, et affirment certains de Gaule, elle pousse toujours à l'état sauvage en bordure des chemins et des prairies, offrant aux regard attentifs au centre de son ombelle une fleur rouge foncé unique, sans étamine et sans pistil, stérile. Si le parfum qu'elle dégage nous signale qu'il s'agit bien de la même plante que la carotte cultivée, la carotte sauvage est maigre et grêle, ligneuse, âcre au goût et pâlotte. Elle n'a rien à voir avec la carotte orange tendre, charnue et
sucrée que nous connaissons et qui est le résultat de multiples sélections patiemment menées sans beaucoup de bruit mais avec des résultats probants. Elle a accompli son petit bonhomme de chemin sans qu'aucun botaniste, aucun scientifique, aucun explorateur, aucun homme illustre ne se soit intéressé à elle et ne lui ait attaché son nom.

La carotte est une plante bisannuelle qui développe la première année une racine pivotante, la deuxième année une tige qui donne une fleur unique et des graines.

La carotte est un des rares légumes à être cultivé partout dans le monde, cependant la production est plus importante dans l'hémiphère Nord. C'est un légume que l'on trouve

frais toute l'année. D'avril à juin ce sont les carottes primeur, puis les carottes d'été prennent le relais avant d'être remplacées en octobre par les carottes d'hiver.

Citons pour le plaisir des noms le Grelot nantais, la demi-longue Nantaise, la Carenta Arena, la Colmar, la Touchon, la demi-longue d'Amsterdam, la longue lisse de Meaux, la longue de Saint-Valéry et la longue obtuse sans coeur...
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Si les Grecs et les Romains la tenaient en piètre estime, il semblerait que les Gaulois, les Germains et les Slaves s'en soient régalé. Pline l'appelait le " légume des Gaulois ".
Bien que fine, jaunâtre, plutôt âcre et ligneuse, Charlemagne la fit figurer dans le capitulaire De Villis recensant les plantes devant être cultivées dans les jardins impériaux.  " Les carottes, dit Le Ménagier de Paris, sont racines rouges que l'on vend es halles par pougnées . " Jusqu'à la Renaissance où les Italiens essayèrent sans grand succès de la mettre en vogue en France, elle était considérée plus comme une plante médicinale qu'une plante nourricière et était un peu délaissée au profit du panais et du navet. C'était une plante spécialement indiquée pour le carême et pour le Vendredi Saint, jour traditionnellement maigre, sa couleur évoquant le sang du Christ. Le Cuisinier françois de La Varenne (1651) la cite comme légume de carême et propose plusieurs recettes : carottes frites avec une sauce rousse, carottes en rouelles avec une sauce blanche, etc. D'une façon générale on aimait les cuisiner au beurre noisette, avec des fines herbes et un filet de vinaigre.

Qu'elle soit ronde, longue, demi-longue, rouge, jaunâtre ou à collet vert, c'est surtout dans les pays tempérés qu'elle a été cultivée, améliorée et appréciée. Notons qu'il fallut attendre le 17e siècle pour qu'apparaisse pour la première fois en Hollande une carotte orange, vraiment orange, la " longue orange de Hollande " qui rencontra un grand succès et se propagea dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique du Nord. Mais c'est au début du 19e siècle seulement qu'elle devint en France l'objet d'une culture courante, puis intensive. C'est à partir du 19e siècle que furent créées des variétés sans coeur fibreux, sucrées et tendres qui justifièrent le nom de " miel souterrain " que leur donnèrent les Irlandais.

Si la carotte était  l'objet de beaucoup de réticences en tant que légume, par contre elle était parée de toutes sortes de vertus médicinales. En vertu de l'ancienne " théorie des Signatures ", elle était en raison de sa couleur indiquée pour soigner la jaunisse et faire venir leurs règles aux femmes. Prospère Calamo écrit : " Les femmes en usent avec du miel pour provoquer leur besogne. "
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C'est bien connu, la carotte a la réputation de rendre aimable et de donner les cuisses et les fesses roses.
En raison de sa couleur, on la conseillait pour guérir de la jaunisse. Aux premiers symptômes, il était recommandé de creuser une carotte, d'uriner dedans et de la suspendre à la cheminée. Quand elle était totalement desséchée, la jaunisse avait disparu.

Elle est considérée comme aphrodisiaque selon Léopold-François Sauvé pour qui " manger de la carotte amène une fièvre lente qui finit par rendre amoureux."

La consommation de graines de carottes est censée favoriser la fécondité, et une femme enceinte qui boit du jus de carotte fortifie son enfant, " mais si celui-ci est un rouquin, il aura plus tard de mauvais instincts " nous dit Scott Cunningham.

Pour récolter des carottes " grosses comme la cuisse ", les Lorrains se touchent fréquemment cette partie du corps en les semant et certains disent " gros comme ma tête, long comme ma cuisse ", les Vosgiens font le signe de croix et attrapant leur cuisse droite à deux mains disent : " Dieu veuille que les carottes que je sème soient aussi grosses, grosses, grosses que ma cuisse. " En Franche-Comté, le semeur doit porter une chemise neuve.

Les semer sous le signe du Poisson les rend lisses et droites, mais sous le signe du Cancer les rend rugueuses et fourchues.

On explique dans le Doubs leur lente germination par le fait qu'elles passent six mois en enfer avant de sortir de terre.

Le langage populaire est souvent injuste avec la carotte en l'associant au verbe " carotter " ou à des formules désobligeantes comme " tirer une carotte à quelqu'un " ou " les carottes sont cuites ".
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Avec 80% d'eau et 10 % de sucre, la carotte est peu calorique : 25 calories pour 100 g. Elle renferme aussi du phosphore et du fer, des vitamines B1, B2, C.  La carotte doit sa couleur à une quantité importante de carotène (10 mg pour 100g), provitamine A, précurseur de la vitamine A. Ces divers composants et surtout la carotène en font un remède de premier plan pour les phytothérapeutes. Crue, râpée ou sous forme de jus, elle est particulièrement recommandée aux enfants, aux adolescents, aux convalescents et aux personnes âgées.

Elle accroît l'acuité visuelle. Pendant la Seconde guerre mondiale, les pilotes en consommaient pour mieux voir de nuit.

Elle est indiquée pour les troubles intestinaux, curieusement à la fois contre la constipation et la diarrhée. Peu de diarrhées résistent à l'ingestion de carottes cuites et de riz accompagnés du bouillon où ils ont cuits ensemble.

Considérée comme vermifuge, elle peut être indiquée aux enfants en bas âge souffrant de troubles intestinaux.

Beauté

Appliquée en cataplasme la pulpe fraîche est adoucissante et cicatrisante, en masque elle tonifie et nourrit l'épiderme. Manger des carottes râpées ou boire du jus donnent bonne mine. Pour bronzer sans coups de soleil plutôt que d'avaler des pilules , vous pouvez avant de partir en vacances faire une cure de jus de carottes.

La carotène entre dans la composition de produits autobronzants.
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Fruitée et sucrée, elle se mange crue, le plus souvent râpée, ou cuite comme les carottes Vichy ou la purée. Elle est indispensable à la préparation des courts-bouillons et à diverses cuissons mijotées du boeuf. Elle est la pierre angulaire de sauces, de potages, de pot-au-feu, de braisages.
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