( Musa spp. Angl : banana )
Originaire du Sud-Est asiatique, de la famille des Musacées,
il en existe des centaines de variétés, minuscules ou très
grosses, comestibles ou non. Pour prendre un exemple, simplement aux Seychelles,
on en compte une trentaine de comestibles du jaune au vert en passant par
le rouge sombre. Certaines sont considérées comme des légumes
(comme la plantain), d'autres
comme des fruits, communément appelées bananes-desserts.
Aux îles Seychelles, les noms créoles sont savoureux et, pour
différencier les différentes variétés on dira
bannann dezire, bannann gros misel, etc. Aux Antilles françaises,
on l'appelle " figue ". Le mot banana vient du Bantou et est sans
doute dérivé de l'arabe banan qui signifie " doigt,
orteil ".
Le bananier est une plante herbacée qui peut atteindre de 3
à 10 m de haut avec de grandes feuilles de 3 m de long et de 50
cm de largeur. C'est même la plus grande herbe que l'on connaisse
avec le bambou, mais ce dernier a une tige ligneuse à l'inverse
du bananier. Les bananiers sont donc les plus grandes herbes du règne
végétal. Ils se perpétuent par bourgeonnement de la
souche; les pousses se développent, fructifient, puis se dessèchent
et meurent, suivies par d'autres plus jeunes vouées au même
sort. Ainsi de rejet en rejet, s'affirme la pérennité de
la plante. Le cycle de croissance de la plante est très rapide et
son existence ne dépasse pas une année.
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Les bases épaisses des feuilles s'entrecroisent de façon
régulière et serrée en s'enroulant les unes sur les
autres et en se recouvrant mutuellement pour former un " pseudo-tronc ".
Les longs pétioles qui s'engainent les uns dans les autres sont
très riches en eau. En appuyant sur un moignon de stipe, on fait
suinter des quantités d'eau impressionnantes. Les bananes se développent
en un an par parthogenèse sur la tige florale, après la floraison
de fleurs pourpres. Un régime peut compter de 100 à 400 bananes.
Au moment où l'on coupe le régime, les bananes ne sont pas
encore parvenues à maturité : elles sont vertes et regroupées
sur le régime en séries que l'on appelle " mains de bananes
" car elles y sont disposées comme les doigts d'une main. La maturation
s'effectue pendant le transport. |
Production
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La banane dessert occupe le deuxième rang du marché mondial
des fruits, derrière les oranges et devant le raisin. Avec une production
de 57 millions de tonnes en 1997, c'est une source importante de revenus
pour de nombreux pays d'Afrique, d'Amérique latine, de la Caraïbe
et du Pacifique. Près de 52 millions de tonnes de bananes desserts
et 27 millions de tonnes de bananes plantains sont produites annuellement.
Si les premiers producteurs mondiaux de bananes desserts, le Brésil
et l'Inde, consomment la totalité de leur récolte, les quelque
11 millions de tonnes exportées alimentent une guerre commerciale
de plus en plus âpre. C'est notamment le cas du marché européen,
l'un des plus importants et des plus rentables, qui absorbe chaque année
3,9 millions de tonnes: 850 000 tonnes de production communautaire en provenance
des îles Canaries (420 000 tonnes), de Martinique (220 000 tonnes)
et de
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Guadeloupe (150 000 tonnes); 857 000 tonnes venant de pays d'Afrique,
des Caraïbes et du Pacifique, dits ACP, liés à l'Europe
dans le cadre des conventions de Lomé; et 2,5 millions de tonnes
des pays latino-américains, dont les bananes, dites bananes dollars,
sont commercialisées par des firmes principalement américaines.
Les deux tiers de ces 11 millions de tonnes sont vendus par trois multinationales
qui contrôlent toute la filière: deux américaines,
United Brands Company (Chiquita) et Castel & Cooke (Dole), et une mexicaine
(Del Monte).
Premier importateur mondial, l'Union européenne draine un tiers
des échanges. Elle entretient des accords préférentiels
avec 70 pays de la zone ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique).
Si l'’Union Européenne garantit aux planteurs de la Communauté
un marché d’environ 850 000 tonnes par an, elle garantit le même
volume d’importation hors taxes aux pays en voie de développement
de la Conférence Afrique-Caraibes-Pacifique (ACP). Le reste du marché
européen — qui représente 2,6 millions de tonnes supplémentaires
— est essentiellement aux mains de sociétés américaines.
Leurs " bananes en dollars " proviennent essentiellement d’Amérique
latine et coûtent 500 FF de plus par tonne en raison des taxes d’importation
(taxes douanières).
La guerre de la banane
M. Robert Dole parle d'or: " Quand des intérêts catégoriels
vous versent de l'argent, ils attendent de vous autre chose qu'un bon fonctionnement
du système politique.". Quand M. Carl Lindner, président
d'un conglomérat géant qui s'occupe à la fois d'assurances,
de médias et de bananes, (Chiquita Brands International) verse 225
000 dollars aux bonnes œuvres politiques personnelles du dirigeant républicain
(et 160 000 dollars à son parti), l'investissement paraît
plus que rentable.
Ainsi, en automne 1996, alors que la " bataille du budget " faisait
rage au Congrès et que la guerre couvait encore en Bosnie, M. Dole
annonça à des collègues du Sénat, un peu interloqués,
que sa " principale priorité " serait de faire quelque chose à
propos des " politiques injustes [de l'Union européenne] sur la
banane " en défaveur de la Colombie, le Costa Rica, le Venezuela
et le Nicaragua.
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Si l’Europe ne donne plus la préférence aux " bananes
en francs ", elles ne trouveront plus leur place sur le marché.
Un kilo de lui revient, transport compris, 4,40 FF explique-t-il, alors
que la concurrence américaine ne dépasse pas 3,60 FF (en
raison de coûts salariaux plus faibles, de l’absence de protection
sociale et, partiellement, des difficultés liées au relief
montagneux de l’île). D'où la guerre de la banane ! Les négociations
commerciales se suivent et se ressemblent. Les États-Unis ont tenté
le 10 novembre 1998 un nouveau coup de force en attaquant de front le système
de quotas d'importation de la banane mis en place par l'Union européenne
pour protéger ses départements d'Outremer ainsi que ses partenaires
de l'ACP. Si ce système n'était pas modifié d'ici
à la fin de l'année, ils se proposaient d'imposer des droits
de douanes de 100% sur une liste considérable de produits parmi
lesquels les fromages de brebis, des crèmes épilatoires,
du prêt-à-porter et de l'électroménager sans
oublier les hosties et les vins. On leur laisserait volontiers les crèmes
épilatoires, mais pas touche à nos vins et à notre
roquefort ! De son côté, Bruxelles déclarait
qu’elle |
n’accepterait la proposition américaine d’un arbitrage rapide
de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) que si Washington retirait
sa menace de sanctions unilatérales. On a vu à Bruxelles
les représentants de certains groupes d'intérêts donner
des ordres aux parlementaires depuis la tribune, et on a vu également
arriver des amendements rédigés sur du papier à en-tête
de certaines multinationales.
A la Commission, une énième mouture d’une OCM-banane
(organisation commune de marché) est en cours d’élaboration.
Elle prévoit un contingent de 2,5 millions de tonnes pour les bananes
originaires de la zone dollar. En revanche, les pays ACP (Afrique, Caraïbe,
Pacifique) et, singulièrement, africains, font les frais de la nouvelle
version. Leur contingent, partiellement transférable entre eux,
tombe de 857.000 à 560.000 tonnes. Ce tonnage se calcule sur la
base des années antérieures à 1998. Cette solution
satisfait Antillais et Américains. Le contingent de 857 700
tonnes a été maintenu pour les importations des pays ACP
traditionnels, sans paiement de droits à l'importation. Cependant,
au contraire de l'ancien système, une allocation spécifique
par pays n'est désormais plus prévue dans cette catégorie.
Autrement dit, les pays ACP traditionnels qui approvisionnent le marché
de la CE en bananes sont en concurrence entre eux, l'unique limitation
au volume de bananes des pays ACP traditionnels qui peut entrer sur ce
marché étant la quantité globale de 857 700 tonnes.
Écologie
La monoculture intensive du bananier nécessite de gros investissements.
Elle repose sur une base génétique étroite : trois
variétés du sous-groupe Cavendish dominent l'ensemble du
marché. Pour exprimer pleinement leur potentiel, celles-ci requièrent
de nombreuses interventions humaines, consomment des doses importantes
d'engrais et surtout de produits phytosanitaires. Le respect rigoureux
des normes et une bonne maîtrise de l'usage des intrants sont donc
indispensables pour éviter de porter atteinte au milieu naturel,
voire, dans certains cas, à la santé de l'homme. L'accumulation
de matériaux non dégradables, de sous-produits, d'eaux usées
des stations de conditionnement génère d'autres nuisances.
En 1992, le 21 février, le Tribunal international de l'eau, réuni
à Amsterdam, a condamné la compagnie bananière Standard
Fruit pour avoir causé d'importants dégâts à
l'environnement sur la côte atlantique du Costa-Rica. Il a jugé
que l'emploi massif de pesticides par la multinationale polluait gravement
les eaux de la rivière Estrella, et mettait en péril le récif
de corail de Cahuita, situé à 15 kilomètres au sud
de l'embouchure de la rivière. Il exhortait la compagnie à
réduire ses épandages de produits chimiques, à reboiser
les zones dévastées, et à ne pas abuser de son pouvoir
économique aux dépens des populations locales.
Malgré le resserrement de contrôles d'exportation, l'industrie
bananière continue d'utiliser des pesticides interdits, ou d'usage
sévèrement restreint dans les pays occidentaux. D'où
les intoxications de travailleurs (plus de 500 cas d'ouvriers costariciens,
devenus stériles à cause du dibromochloro-propane dans les
années 70, traînent encore devant les tribunaux américains).
Le Monde Diplomatique, en juin 1999 a publié une
enquête : Chiquita. Révélations sur les pratiques
d'une multinationale. Les témoignages des employés de
Chiquita, la plus grosse compagnie bananière du monde, y révèlent
des conditions de travail atroces, des épandages de pesticides dangereux
pour les ouvriers et pour l'environnement. Un monde de sociétés
écrans, de fraudes fiscales, de détournement des législations
locales sur la propriété agraire et sur les contrats de travail,
de corruption de ministres ou même de fonctionnaires européens,
d'entraves aux syndicats, de manipulations politiques, d'enquêtes
de la SEC (Securities and Exchange Commission des États-Unis, qui
contrôle les opérations boursières), voire de suicides,
d'assassinats jusqu'à la destruction d'un village hondurien par
l'armée pour que prospère la culture de la banane.
Le Financial Times a publié un article intitulé
" Quand une multinationale glisse sur la peau de banane d’une ONG ".
On y voit comment la compagnie Del Monte a finalement cédé
à la pression de l’association britannique Banana Link. La multinationale
reconnaît désormais les syndicats sur ses plantations au Costa
Rica.
En août dernier, l’arrivée d’un minibus au siège
britannique de la compagnie bananière Del Monte a constitué
une étape décisive dans la campagne lancée contre
cette multinationale. Le véhicule transportait des militants du
mouvement en faveur de l’amélioration des droits des salariés
dans le secteur. Les lettres qu’ils avaient adressées à Del
Monte pour solliciter une rencontre étaient restées sans
réponse. Ils avalent donc décidé de livrer une tonne
de peaux de banane à la compagnie.
Fin décembre, après une nouvelle campagne des ONG en
Europe, la compagnie et le syndicat costaricain ont conclu un accord qui
stipule qu’ils se doivent le respect mutuel et qui reconnaît aux
syndicats le droit de syndiquer librement les employés sur les plantations
de Del Monte.
Les activistes préparent une nouvelle campagne contre Chiquita,
la plus grosse compagnie bananière du monde.
La pression des organisations non gouvernementales, des syndicats et
des consommateurs a conduit certaines firmes à promouvoir une image
plus positive de la production. En 1997, la fondation indépendante
Max Havelaar a proposé d'appliquer à la banane le principe
du produit commercialement équitable, déjà présent
sur les marchés du café et du cacao. Une enquête menée
par l'Union européenne auprès des consommateurs a montré
que ce concept, qui répondrait à une attente, pourrait toucher
un marché de 300 000 à 400 000 tonnes en Europe, à
côté des quatre millions de tonnes déjà importées.
Le Cirad, fort de ses acquis sur le terrain aux Antilles depuis les années
70, apporte son appui scientifique à cette démarche.
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