Originaire d'Inde, ce gros fruit violet de la famille des Solanacées
à la peau lisse et satinée pousse sur de hautes plantes rigides
atteignant jusqu'à 1,50 m de hauteur, ramifiées, aux branches
souvent épineuses et aux grandes feuilles légèrement
duveteuses. Ses feuilles, violettes, ressemblent à celles de la
pomme de terre et apparaissent à l'aisselle des feuilles. Les fleurs
bleu-violet sont superbes et demandent beaucoup de chaleur pour fructifier.
Pour prospérer entre le moment de la floraison et celui de la fructification,
il luit faut 18° la nuit et 25° le jour. Un pied met environ cinq
mois pour parvenir à maturation.
Originaire d'Inde où elle était consommée voilà
4000 ans, elle est mentionnée pour la première fois dans
les textes chinois au 5e siècle. Elle était inconnue
des Grecs et des Romains. Cette plante tropicale, importée de Perse
par les Arabes qui l'introduisirent en Espagne au 12e siècle
et en Sicile comme les épinards, n'atteignit la France qu'au 15e
siècle, mais elle n'y fut largement cultivée qu'à
la fin du 19e siècle. Contrairement à la France,
l'aubergine (bâdindjân en arabe, berenjena en
espagnol) fit une belle carrière en Espagne où les livres
de cuisine du 12e et 13e siècle lui font une
place d'honneur. De faible coût, dotée d'avantages culinaires,
de goût peu marqué, on s'en servait un peu comme de la pomme
de terre aujourd'hui, accommodée simplement ou somptueusement dans
de nombreux plats. Elle accompagnait souvent les viandes, on en farcissait
les poules, on la faisait frire, on la farcissait, on la cuisait au four.
On l'assaisonnait de vinaigre, de coriandre, de menthe, de thym, d'ail,
etc. On la servait avec des noix, des amandes et on l'associait à
nombre de légumes. Le recueil catalan du 14e siècle,
Sent Sovi, très imprégné de l'influence arabe,
comporte quatre recettes d'aubergines et les recueils italiens de l'époque
font également mention de l'aubergine.
Dans la cuisine juive médiévale méditerranéenne,
l'aubergine est également à l'honneur sur les tables, frite
en complément des potages, ou farcie de viande et d'épices.
Elle traversa l'Atlantique avec les colons espagnols qui l'introduisirent
en Amérique.
Comme pour la tomate, sa cousine du Nouveau Monde, son appartenance
à la redoutable famille des Solanacées qui comprend des membres
aussi peu recommandables que la belladone ou la mandragore la rendait hautement
suspecte. Longtemps dans certains pays on se contenta de la faire pousser
comme plante ornementale. On la qualifiait de mala insana, c'est-à-dire
" pomme malsaine " ou encore " pomme des fous ". En l'an mil, le grand
médecin et philosophe arabe Avicenne la tenait pour responsable
des plus graves maladies dont la fièvre, la lèpre, le cancer
et l'épilepsie.
On finit par se rendre compte que l'aubergine n'était ni diabolique,
ni soporifique, ni porteuse de maladies et c'est dans le Midi que comme
la tomate, l'aubergine commença à être appréciée
pour commencer. Les aubergines furent introduites sur les marchés
parisiens en 1825 par le maraîcher Decouflé. Les gourmets
allaient déguster des aubergines au gril chez les Frères
Provençaux, célèbre restaurant provençal
situé près du Palais Royal. C'était à la mode!
[HAUT DE LA PAGE] 