COMMUNION

Au bout de ce village africain où la population, environ 200, s'adonne exclusivement à l'artisanat, la sculpture et la peinture. Un musé au travail.

Au bord de la route, un toit de paille sous lequel on aperçoit une sorte d'autel ou de cercueil, orné de fleurs. Des sentiers entrent et sortent de la jungle.

C'est le soir. Éclairage au flambeau. Des hommes dansent dans les sentiers, au balancement des tams tams, d'autres jouent du M Vet, instrument à cordes et à vent formé d'un jonc sur lequel, on a greffé des cordes et attaché, par des lianes, des coquilles de bois, vidées de leur noix.

Un mouvement d'appui et d'éloignement du ventre du musicien assure l'arrivée mélodieuse des notes, pendant que ses doigts pincent les cordes.

Ingénieux !

Derrière notre poste d'observation, des femmes s'affairent à chauffer l'eau dans des chaudrons de fer. Les danses rituelles terminées, nous sommes invités à quitter. Nous n'avions pas de faire-part pour... le festin.

Le menu nous serait indigeste.

La recette de la bouillotte se compose, me dit le guide, de la chair du regretté disparu que l'on mangera en son souvenir pour garder la communication et se saisir de son âme.

On l'appelle communion.

Et le guide d'ajouter, en sorte d'excuse: Vous, l'occidental, ne levez pas le nez et revenez de votre surprise. Dans votre évangélisation, vous prêchez la communion avec le Christ, sous présence réelle dans l'eucharistie, en mangeant son corps et buvant son sang, en souvenir de lui. Votre communion.

Réflexion apologétique: la communion du chrétien m'apparaît charnellement spirituelle, la communion de l'africain spirituellement charnelle.

Communion du quotidien.