La voiture roule à petite vitesse, Anik ne sait plus où elle
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se trouve.
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Tout au long du parcours, les gens la saluent, l'applaudis-
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sent, le rêve commence.
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Elle ne se reconnaît plus. Les grands arbres ont endossé leur
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costume de feuilles, une mousse verte miroite dans le sous-
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bois avec des taches blanches. Ici et là, du muguet sauvage
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fleurit encore. Auvents et marquises offrent une féerie de
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couleurs et de rappels troublants. Quel déploiement! Ça
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vous fait perdre la raison, tous ces styles qui se succèdent
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pêle-mêle; les Grecs voisinent avec les Louis, le Directoire
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s'adosse à Picasso, l'Orient côtoie la Renaissance, les Bé-
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douins voisinent avec les Romains ...
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Anik ne voit plus les gens groupés sur son passage, elle n'a
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d'yeux que pour les terrasses où les dalles polies de nos
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granits rivalisent avec les Carrare. La Rolls poursuit son
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chemin et entre dans la clairière. Nouvel établissement, une
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immense nappe d'eau agitée par de nombreuses fontaines,
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qui prêtent vie aux réflexions des marbres, occupe presque
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la moitié de ce dégagement.
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— Pauline, je ne comprends rien! C'est impossible! Je rêve!
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—Vous ne rêvez pas, Anik. Lors de votre dernière visite,
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tout ceci reposait sous les abris de bois et les grosses toiles
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brunes. Nous devons protéger tout ce décor contre l'inva-
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sion de la moto-neige qui fait tant de ravages. Voilà votre
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trône et ici, le grand feu que vous aurez l'honneur d'allumer
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ce soir.
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—Maintenant, allons chez moi.
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Le chauffeur prend le virage en souplesse et quelques cen-
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taines de pieds plus loin s'immobilise face à une roulotte
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dont les attributs rappellent Schônbrunn.
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