Chapitre 3 - Club Eroden Page 86



nullement changer de père, car le docteur me gâte
et m'aime beaucoup.
La psychologie a été pour moi une sorte de bouillon
de culture dans lequel l'image de ma mère a créé
une sorte de climat infectieux qui a évolué.
Je me surpris à édifier le portrait d'une mère jeune,
jolie, victime d'incompréhension, de lâcheté, j'en fis
une héroïne. De là, à un désir de vengeance, il ne
restait plus qu'un pas à franchir. Je me suis intéressée
aux Griffon, à leur clinique, à tout ce qui les
concernait et, petit à petit, j'ai monté, défait et rebâti
des plans vengeurs. Papa, lui, a été étonné de voir
cette acceptation facile. Il s'ingéniait à ramener le
nom des Griffon lors de nos conversations. C'est
ainsi qu'il me parla de cette suite de dons à la clinique,
des plaintes de l'Association, etc...
Mais, j'attendais mon heure. Un soir, jugeant les
circonstances favorables, je lui exposai le plan que
j'avais soigneusement élaboré. Le plan était simple:
me faire traiter par le docteur Michel Griffon et de
là tenter ma chance ... Il a montré bien des
objections, mais j'y tenais, j'ai employé les petites
câlineries et j'ai fini par avoir raison. Il consulta
son ami l'inspecteur et nous commençâmes à travailler
sur les entrevues ...
— Voilà, Jeanne, mon journal fait état de ces entrevues bâ-
ties à l'avance. J'y ai aussi inscrit certaines réactions per-
sonnelles. Mon petit besoin de vengeance porte sur la belle
Esther mais, en fait, je tiens à les coincer tous les deux.
—Dans mon métier, la vengeance est une chose que l'on
ne peut se permettre. Il nous faut rester objectifs. Mais je
dois reconnaître que certains détails donnent une tout au-