Chapitre 3 - Club Eroden Page 75



enlacés, ils coupent la piste en tous sens aux sons des casta-
gnettes et des talons qui claquent, claquent.. . pour s'arrê-
ter au beau milieu du cercle; le projecteur s'éteint. Pendant
quelques instants, les danseurs s'affairent dans l'ombre. Un
air de tango les prend tous par surprise, le faisceau lumineux
revient à nouveau mais sur un couple presque nu; l'homme
n'a plus que bottes et veste noire, la fille a replié sa jupe
sur ses reins. Ce numéro en costume abrégé, rappelle des
souvenirs à plusieurs spectateurs. Ah! Ces folles nuits de
Hambourg, Berlin, Londres et Paris ... Avec un art con-
sommé, joint à une élégance gracieuse, ils esquissent les
figures d'un tango argentin. Les invités se rappellent un à
un les pas de cette danse autrefois défendue dans certains
milieux. Bras liés autour de la taille, ils paradent le long du
cercle des spectateurs, exécutent ce pas de côté où un
partenaire immobile présente en quelque sorte son partenaire
une, deux fois et vice versa. Puis, l'un derrière l'autre, la
fille collée à son homme, ils arpentent à nouveau la piste
pour s'arrêter net. C'est le fameux pas d'hésitation. Tous
les regards restent rivés sur ce danseur, on ne peut plus
mâle. Tous anticipent à travers la ronde, la venue de ce
pas alors qu'il renverse sa partenaire presque à l'horiziontale
et vient la couvrir de son corps pour un baiser symbolique . ..
ou encore ... Mais à chaque fois le couple reste figé un
moment dans la pose et reprend de plus belle, tourbillonne,
vole sur le parquet. Puis, enfin ... après une dernière ronde
effrénée, il renverse la gitane ... se penche sur elle ... le
pas d'hésitation se concrétise ... les lumières s'éteignent.
Les applaudissements fusaient de toutes parts. Les gens
aimeraient à souffler, se détendre mais l'Aigle d'Or, d'un
coup sur le gong en cuivre les ramène à la réalité. Une
activité fébrile règne sur la piste où les écureuils courent en
tous sens. A la suite de leurs allées et venues d'énormes