Chapitre 3 - Club Eroden Page 71



de goût, un homme raffiné qui apprécie la beauté, un homme
tel que Michel pouvait rêver d'un tel spectacle. Il a toujours
su apprécier la beauté sous quelque forme qu'elle se pré-
sente. D'ailleurs, il préside lui-même ce rituel depuis dix ans.
— Quel en est le thème?
— Anik, je vous dirai seulement que l'initié, homme ou fem-
me, se doit de résister le plus longtemps possible à ses tour-
menteurs.
Les lumières s'éteignent, un faisceau lumineux illumine la
piste. Les notes de violon fusent... et un gitan, cheveux
en broussaille, torse nu, pantalon serré, salue à grandes
courbettes l'auditoire. Un groupe d'adolescents aux longues
bottes de plumes et qui portent tête d'écureuil, entre en
scène. Bras repliés sur la poitrine, jambes collées, ils sau-
tent, s'arrêtent, repartent de plus belle sous les applaudisse-
ments nourris de l'assemblée. Une musique grave accompa-
gne le groupe suivant composé de six hommes bottés aux
longs ergots qui, hautains, le port prétentieux, déploient
avec fierté leur gaine raide de plumage et leur magnifique
queue de couleurs vives qui se balance au rythme de leurs
pas ... les Coqs de Bruyère.
Le gitan commande à son instrument une musique légère
comme le vent, la curiosité de tous est mise en éveil. On
attend avec impatience l'entrée des figurants. L'attente se
prolonge ... il s'agit sûrement de femmes.
Gracieuses, le pas incertain, une à une les péruches s'amè-
nent ... Les amoureuses étalent leurs robes de chair rosé,
blanche, bleue, dorée, qui s'appareillent à la couleur de leur
délicate tête de plumes. Applaudissements ... Le calme
revient. Le gitan s'anime à nouveau et à grandes courbettes
cérémonieuses, se dirige vers l'entrée de la salle. Bravos et