Chapitre 3 - Club Eroden Page 69



mouvement contraire vers les chevilles. Le miroitement de
l'émeraude sur la peau nue rappelle les affiches de ces beau-
tés orientales que la publicité ne cesse d'exploiter.
Elle les conduit à une galerie en mezzanine assez étroite qui
surplombe la salle sur trois côtés. Les invités se dispersent
par petits groupes autour de l'enceinte et Anik se voit
attribuer un fauteuil en plein centre. De son siège, elle voit
toute la piste et, à ses pieds, le décor central.
Une première appréciation de la salle aux proportions mo-
destes lui permet d'évaluer le nombre des membres présents
à une centaine. La piste en partie libre est recouverte à une
extrémité de moquettes rouges avec des tas de coussins de
soie d'or. Une gaieté folle règne dans l'assemblée. Les rires
fusent, les membres en tenues audacieuses, excentriques
s'en donnent à coeur joie.
Cette atmosphère de fête et les costumes, très courts chez
certains, poussent Anik à établir un parallèle avec cet autre
événement qu'elle connaît bien, le bal des Quatre Arts. Aux
Quatre Arts, il est vrai, la foule se trouve beaucoup plus
dense, plus franche, plus honnête en ce sens que les nom-
breux couples d'Adam et d'Eve ne se formalisent pas de
leur tenue sommaire. Il y existe un laisser-aller, une note
d'insouciance, de jeunesse, qui contraste beaucoup avec le
formalisme de ce soir. Dans la salle, les gens exhibent leur
nudité dans l'ordre, le sérieux. Les membres conservent un
certain maintien, une civilité habillée de belles manières.
La mise en scène qu'elle détaille à ses pieds l'étonné et la
désappointe; elle s'attendait à autre chose. Le seul élément
surprenant qui donne un peu d'allure à ce décor sommaire:
parmi les moquettes rouges et les coussins d'or, se trouve
un immense gong, monté sur un châssis comme on en voit
dans les documentaires sur le Népal.
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