Chapitre 3 - Club Eroden Page 58



Les coupes de cerises sont déjà là. Anik absorbée par ces
visages tendus, les yeux brillants, tend la main sans s'en ren-
dre compte. Une petite pression sur la jambe la ramène à
la réalité. Son amie lui fait signe de faire semblant de man-
ger et lui chuchote de regarder au-delà de la piste sur les
bancs.
Le spectacle captive de nouveau Anik, car ici, la danse de-
vient synonyme de désirs. Perdus dans l'action, soûlés de
sons, les acteurs aux visages graves, ne songent plus qu'à
séduire, exciter le vis-à-vis. Dans cette ambiance de demi-
clarté, la tenue même de ces adeptes de l'unisexe, déroute
le nouveau venu; on ne saurait établir avec autorité le sexe
des danseurs. Les longues chevelures ondulées des mâles se
mêlent à celles de leurs compagnes, les chemises bariolées,
les « jeans », tout porte à confusion. Ainsi, en face d'Anik,
ce sont bien deux garçons qui dansent ensemble. L'érotis-
me pur, qui se dégage des mouvements, des bassins, des
hanches; cette exhibition brutale du désir, vous laisse mau-
vaise bouche.
Jeanne qui aperçoit ses voisins immédiats, deux gars à l'al-
lure peu rassurante qui les reluquent sans façon, se rappro-
che davantage d'Anik, elle lui passe le bras autour de la
taille et s'efforce de la ramener au but premier de leur vi-
site.
Enfin, la musique fait relâche et les danseurs regagnent
leurs places.
Jeanne respire mieux, ses voisins semblent satisfaits. Anik
ne se lasse pas d'observer ces gens qui, grisés par l'alcool et
la drogue, poursuivent leurs ébats sur les bancs. On s'em-
brasse à bouche que veux-tu, les mains déboutonnent, déga-
gent et caressent ouvertement.... Mais à la table voisine,