Les coupes de cerises sont déjà là. Anik absorbée par ces
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visages tendus, les yeux brillants, tend la main sans s'en ren-
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dre compte. Une petite pression sur la jambe la ramène à
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la réalité. Son amie lui fait signe de faire semblant de man-
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ger et lui chuchote de regarder au-delà de la piste sur les
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bancs.
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Le spectacle captive de nouveau Anik, car ici, la danse de-
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vient synonyme de désirs. Perdus dans l'action, soûlés de
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sons, les acteurs aux visages graves, ne songent plus qu'à
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séduire, exciter le vis-à-vis. Dans cette ambiance de demi-
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clarté, la tenue même de ces adeptes de l'unisexe, déroute
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le nouveau venu; on ne saurait établir avec autorité le sexe
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des danseurs. Les longues chevelures ondulées des mâles se
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mêlent à celles de leurs compagnes, les chemises bariolées,
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les « jeans », tout porte à confusion. Ainsi, en face d'Anik,
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ce sont bien deux garçons qui dansent ensemble. L'érotis-
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me pur, qui se dégage des mouvements, des bassins, des
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hanches; cette exhibition brutale du désir, vous laisse mau-
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vaise bouche.
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Jeanne qui aperçoit ses voisins immédiats, deux gars à l'al-
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lure peu rassurante qui les reluquent sans façon, se rappro-
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che davantage d'Anik, elle lui passe le bras autour de la
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taille et s'efforce de la ramener au but premier de leur vi-
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site.
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Enfin, la musique fait relâche et les danseurs regagnent
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leurs places.
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Jeanne respire mieux, ses voisins semblent satisfaits. Anik
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ne se lasse pas d'observer ces gens qui, grisés par l'alcool et
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la drogue, poursuivent leurs ébats sur les bancs. On s'em-
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brasse à bouche que veux-tu, les mains déboutonnent, déga-
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gent et caressent ouvertement.... Mais à la table voisine,
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