Chapitre 3 - Club Eroden Page 44



laine échevelée. En vérité le tapis moule tout, recouvre
tout; son motif est un relief avec des creux et des bosses.
Une atmosphère irréelle se dégage de toute cette masse
blanche qui rappelle les décors de théâtre, les créations de
Fellini. Des voix à peine perceptibles l'invitent à poursuivre
sa visite en détail. Tout au fond, des traits noirs, jaunes et
rouges tachent la moquette; il s'agit d'un couple en train
de se cajoler. Elle bat en retraite et se dirige vers le palier
inférieur qui, à l'encontre du précédent, débouche sur un
seul espace mais de grandeur impressionnante.
Elle trouve toujours ce tapis sans fin mais de couleur lilas
cette fois.
Cependant, ici, les formes demeurent invisibles. On doit
s'arrêter un moment pour découvrir un nombre incalculable
de tabourets, ronds, rectangulaires, carrés, tous de la même
hauteur. Ça peut ressembler à quoi? Difficile à décrire ...
Peut-être à une immense tranche de fromage pleine de trous.
Des lampes aux couleurs vives barrent la route alors que
d'autres suspendues à des hauteurs variées donnent à la
pièce une épaisseur intangible. On a l'impression de marcher
sur un tapis volant, d'être en quelque sorte en plein ciel...
avec des étoiles partout. Quel raffinement!
Anik revient sur le palier et fait une découverte étonnante.
Le retrait du plancher en deçà des murs permet de détailler
le vitrail encastré dans les verres des lucarnes dont les di-
mensions coïncident avec l'épaisseur de ce plancher insolite.
Elle continue vers le niveau inférieur. Enfin, la voici dans
un décor familier qui tient du salon d'un paquebot de croi-
sière avec cette piste en bout et le plancher composé de
deux grandes marches. Ici le cuir, le chrome, les velours
aux tons chauds baignent dans la lumière diffusée par le