Chapitre 2 - La Clinique Page 37



avec la belle Esther et ces randonnées dans la campagne,
n'avaient-elles pour but qu'une invitation éventuelle?
— Oui. Evidemment! Et j'en suis fière.
— Je ne veux pas être indiscret ma fille, mais cette séance
avec ce M. Jean t'a-t-elle demandé beaucoup d'efforts?
— Quelle question! Tu me connais pourtant assez pour le
savoir. Ce monsieur s'est montré tout à fait bien.
— Ta confession répond-elle à la stricte vérité?
— Oui et non. Il y a du vrai et du faux.
— Tu veux m'en parler?
— Comme tu es curieux, père. Allons. Tu sais bien que
je te taquine.
Je m'étais préparée à fond pour cette confession. J'avais
vu et revu tous les détails, ces souvenirs de jeunesse étaient
encore bien vivants. Je me devais d'intéresser le docteur
Marcel mais je crois que, sur ce point précis, j'ai raté mon
effet. Il m'a écoutée distraitement tout au long de mon
exposé.
A la stricte vérité c'est beaucoup dire. L'effet de cette pre-
mière expérience, lors de mes douze ans, me fut en fait
bénéfique. En ce sens que, par la suite, j'acceptais d'autres
caresses sans hésitation. Mon apprentissage de femme fut
tout ce qu'il y a de plus normal, du moins je le crois. Na-
turellement cette partie constitue le faux de la confession.
— Pourtant c'est aujourd'hui seulement que j'apprends cet
événement primordial de ta vie.
— Si la petite fille que j'étais préférait les baisers et les
caresses de son père elle se confiait plus volontiers à sa
mère.
— Touché.