Chapitre 1 - La Clinique Page 7



Me voici étendue au fond de je ne sais quoi. Je suis
affolée ... (Elle est tendue sur le divan.)
Docteur, elles arrivent... Je les vois ... Des tas
et des tas d'oranges qui me tombent dessus ...
Arrêtez-les. De grâce arrêtez-les ... elles vont
m'engloutir . ..
— Calmez-vous. Ces oranges ne vous veulent que du bien.
Cette voix chaude qu'elle perçoit à travers son cauchemar a
le don de la rassurer. Elle ne se débat plus. Un long silence
s'ensuit.
— Je vous écoute. Poursuivez.
Quel bien-être! Quelle agréable sensation! Non,
vraiment je ne peux pas.
— Allons mademoiselle Anik. Un dernier effort.
Tous ces fruits, ils sont semblables à des mains qui
s'agitent sur moi... sous moi... elles me ca-
ressent, roulent entre mes seins, s'agitent entre mes
cuisses ...
... J'ai honte, docteur. Vous ne sauriez croire à
quel point j'ai honte ... Cette sensation de
plaisir ... Comme c'est laid! ...
— Détendez-vous. C'est terminé.
Elle repose maintenant bien calmement sur le divan contour
à coque de fibre de verre. Le psychiatre arrête le magné-
tophone. Il laisse filer les minutes. Il ne voit rien de ce
corps que le froc dissimule à peine. Il apprécie, dissèque
les énoncés et il se réjouit du résultat.
— Allez vous habiller et revenez ici. J'ai à vous parler.
Quelques instants plus tard Anik se présente, son visage est
interrogateur.