Chapitre 1 - La Clinique Page 4



Comme nous sommes loin de ces canons de la perfection!
Aujourd'hui nos filles présentent des poitrines qui sont un
défi à la loi de l'équilibre.
— Dois-je conclure, docteur?
— Pardonnez cet écart de bienséance aux dépens de l'art.
— J'apprécie le compliment et aussi le petit écart.


Anik prend place sur le divan contour à coque de fibre de

verre. Le contact de ses cuisses sur le cuir fin lui plaît.

Elle ferme les yeux. Le docteur Griffon appuie sur le bou-

ton de l'enregistreuse.

— Je vous écoute, mademoiselle.

Elle s'accorde quelques minutes pour faire le point.

— Tout est rouge, les tons varient à l'infini

comme si je venais de regarder le soleil. Le rouge

fait place à l'ocre.

Bien que je sois sous un immense voile diaphane

teinté aux couleurs d'azur et d'or je me sens

protégée des regards indiscrets. Quelle sottise!

Je ne vois personne.

Je suis bien. Je me sens si légère. Je parcours à

longues enjambées, comme une gazelle qui fuit le

danger .. . Non je survole par bonds une vaste

étendue ... Ça ressemble à un désert. Cette sen-

sation de légèreté et même d'apesanteur m'est

très agréable. Soudain. Oh! Quelle horreur! Le

désert se recouvre d'immenses cactus bien

droits ... C'est affreux ... Ça ressemble à ...

— A quoi mademoiselle?