Chapitre 1 - La Clinique Page 3



houette dans son ensemble. Quel mouvement! La volupté
du sein menu, se détache nette, celui-ci donne un nouvel
élan à la silhouette qui se complète par une fine colonne
surmontée d'une jolie tête fière au visage ovale.
Les minutes s'écoulent, il doit revenir à la réalité.
—Tout semble en ordre, mademoiselle. Veuillez endosser
ce froc; vous serez plus à votre aise pour l'entrevue.
Il demeure là, à la regarder, pleinement conscient du trou-
ble qu'elle suscite en lui. Il apprécie et détaille pour la
première fois cette patiente ... Anik.
Aucun défaut tranchant, le nez est droit, la bouche petite
et le regard reflète une intelligence vive. En son for inté-
rieur, il doit conclure que la fille est pour le moins jolie.
—Mademoiselle Anik vous me rappelez les sculptures
égyptiennes.
— Ces filles sont-elles jolies, docteur?
— Vous voudrez bien excuser cette remarque?
— Pas du tout. Au contraire, docteur, vous m'intriguez.
Seriez-vous amateur d'art?
—A mes heures. Je suis pris au piège. Maintenant je
vous dois une explication. Voici.. . Les Egyptiens incul-
quèrent dans leurs œuvres une sensibilité, un raffinement,
un certain mystère en opposition à celles des Grecs qui dé-
sacralisèrent la sculpture pour ne représenter que des œuvres
chamelles, telles les Aphrodites, la Venus de Milo ... Dans
leur perfection absolue les Grecs n'offrent plus rien à l'ima-
gination. Que de charme! Que de beauté dans la « Fille à
la Cuillère », la « Nout Nut » ! Les Egyptiens faisaient de
leurs femmes d'éternelles jeunes filles alors que les Hellè-
nes, eux, sculptaient la femme tout court.