Encyclopédique

Honoré de Balzac, très grand amateur et consommateur de café écrit dans Du café :
" Sur cette matière, Brillat-Savarin est loin d'être complet. Je puis ajouter quelque chose à ce qu'il dit sur le café, dont je fais usage de manière à pouvoir en observer les effets sur une grande échelle. Le café est un torréfiant intérieur. Beaucoup de gens accordent au café le pouvoir de donner de l'esprit ; mais tout le monde a pu vérifier que les ennuyeux ennuient bien davantage après en avoir pris. Enfin, quoique les épiciers soient ouverts à Paris jusqu'à minuit, certains auteurs n'en deviennent pas plus spirituels.

Comme l'a fort bien observé Brillat-Savarin, le café met en mouvement le sang, en fait jaillir les esprits moteurs ; excitation qui précipite la digestion, chasse le sommeil, et permet d'entretenir pendant un peu plus longtemps l'exercice des facultés cérébrales.

Je me permets de modifier cet article de Brillat-Savarin par des expériences personnelles et les observations de quelques grands esprits.

Le café agit sur le diaphragme et les plexus de l'estomac, d'où il gagne le cerveau par des irradiations inappréciables et qui échappent à toute analyse ; néanmoins, on peut présumer que le fluide nerveux est le conducteur de l'électricité que dégage cette substance qu'elle trouve ou met en action chez nous. Son pouvoir n'est ni constant ni absolu. Rossini a éprouvé sur lui-même les effets que j'avais déjà observés sur moi.

- Le café, m'a-t-il dit, est une affaire de quinze ou vingt jours ; le temps fort heureusement de faire un opéra.

Le fait est vrai. Mais le temps pendant lequel on jouit des bienfaits du café peut s'étendre. Cette science est trop nécessaire à beaucoup de personnes pour que nous ne décrivions pas la manière d'en obtenir les fruits précieux.

Vous tous, illustres chandelles humaines, qui vous consumez par la tête, approchez et écoutez l'Evangile de la veille et du travail intellectuel.

Le café concassé à la turque a plus de saveur que le café moulu dans un moulin.

Dans beaucoup de choses mécaniques relatives à l'exploitation des jouissances, les Orientaux l'emportent de beaucoup sur les Européens : leur génie, observateur à la manière des crapauds, qui demeurent des années entières dans leurs trous en tenant leurs yeux d'or ouverts sur la nature comme deux soleils, leur a révélé par le fait ce que la science nous démontre par l'analyse. Le principe délétère du café est le tannin, substance maligne que les chimistes n'ont pas encore assez étudiée. Quand les membranes de l'estomac sont tannées ou quand l'action du tannin particulier au café les a hébétées par un usage trop fréquent, elles se refusent aux contractions violentes que les travailleurs recherchent. De là, des désordres graves si l'amateur continue. Il y a un homme à Londres que l'usage immodéré du café a tordu comme ces vieux goutteux noués. J'ai connu un graveur de Paris qui a été cinq ans à se guérir de l'état où l'avait mis son amour pour le café. Enfin, dernièrement, un artiste, Chenavard, est mort brûlé. Il entrait dans un café comme un ouvrier entre au cabaret, à tout moment. Les amateurs procèdent comme dans toutes les passions ; ils vont d'un degré à l'autre, et, comme chez Nicolet, de plus en plus fort jusqu'à l'abus. En concassant le café, vous le pulvérisez en molécules de formes bizarres que retiennent le tannin et dégagent seulement l'arôme. Voilà pourquoi les Italiens, les Vénitiens, les Grecs et les Turcs peuvent boire incessamment sans danger, du café que les Français traitent de cafiot, mot de mépris. Voltaire prenait de ce café-là. "

L'historien Jules Michelet traite ainsi l'avènement du café :
" Jamais la France ne causa plus et mieux. Il y avait moins d'éloquence et de rhétorique qu'en 89. Rousseau de moins. On n'a rien à citer. L'esprit jaillit, spontané, comme il peut.

De cette explosion étincelante, nul doute que l'honneur ne revienne en partie à l'heureuse révolution du temps, au grand fait qui créa de nouvelles habitudes, modifia les tempéraments même : l'avènement du café. L'effet en fut incalculable - n'étant pas affaibli, neutralisé, comme aujourd'hui, par l'abrutissement du tabac. On prisait, mais on fumait peu.

Le cabaret est détrôné, l'ignoble cabaret où, sous Louis XIV, se roulait la jeunesse entre les tonneaux et les fines. Moins de chants avinés la nuit. Moins de grands seigneurs au ruisseau. La boutique élégante de causerie, salon plus que boutique, change, ennoblit les moeurs. Le règne du café est celui de la tempérance.

Le café, la sobre liqueur, puissamment cérébrale, qui, tout au contraire des spiritueux, augmente la netteté et la lucidité - le café qui supprime la vague et lourde poésie des fumées d'imagination, qui, du réel bien vu, fait jaillir l'étincelle, et l'éclair de la vérité; le café anti-érotique, imposant l''alibi du sexe par l'excitation de l'esprit.

Les cafés ouvrent en Angleterre dès Charles II (1669) au ministère de la Cabale, mais n'y prennent jamais caractère. Les alcools, ou les vins lourds, la grosse bière, y sont préférés.

En France, on ouvre des cafés un peu après (1671), sans grand effet. Il y faut la révolution, les libertés au moins de la parole.

Les trois âges du café sont ceux de la pensée moderne; ils marquent les moments solennels du brillant siècle de l'esprit.

Le café arabe la prépare, même avant 1700. Ces belles dames que vous voyez dans les modes de Bonnard humer leur petite tasse, elles y prennent l'arôme du très-fin café d'Arabie. Et de quoi causent-elles? du Sérail de Chardin, de la coiffure à la Sultane, des Mille et une Nuits (1704). Elles comparent l'ennui de Versailles à ces paradis d'Orient.

Bientôt (1710-1720) commence le règne du café indien, abondant, populaire, relativement bon marché. Bourbon, notre île indienne, où le café est transplanté, a tout à coup un bonheur inouï.

Ce café de terre volcanique fait l'explosion de la Régence et de l'esprit nouveau, l'hilarité subite, la risée du vieux monde, les saillies dont il est criblé, ce torrent d'étincelles dont les vers légers de Voltaire, dont les Lettres persanes nous donnent une idée affaiblie. Les livres, et les plus brillants même, n'ont pas pu prendre au vol cette causerie ailée, qui va, vient, fuit insaisissable. C'est ce Génie de nature éthérée que, dans les Mille et une Nuits, l'enchanteur veut mettre en bouteille. Mais quelle fiole en viendra à bout ?

La lave de Bourbon, pas plus que le sable arabique, ne suffisait à la production. Le Régent le sentit, et fit transporter le café dans les puissantes terres de nos Antilles. Deux arbustes du Jardin du Roi, portés par le chevalier de Clieux, avec le soin, l'amour religieux d'un homme qui sentait porter une révolution, arrivèrent à la Martinique, et réussirent si bien que cette île bientôt en envoie par an dix millions de livres. Ce fort café, celui de Saint-Domingue, plein, corsé, nourrissant, aussi bien qu'excitant, a nourri l'âge adulte du siècle, l'âge fort de l'Encyclopédie. Il fut bu par Bouffon, par Diderot, Rousseau, ajouta sa chaleur aux âmes chaleureuses, sa lumière à la vue perçante des prophètes assemblés dans "l'antre de Procope", qui virent au fond du noir breuvage le futur rayon de 89. "





Brillat-Savarin écrit dans " Physiologie du goût " en 1826 : " Voltaire et Buffon prenaient beaucoup de café, peut-être devaient-ils à cet usage, le premier, la clarté admirable qu'on observe dans ses œuvres, le second l'harmonie enthousiaste qu'on trouve dans son style. Il est évident que plusieurs pages (…) ont été écrites dans un état d'exaltation cérébrale extraordinaire. "

Lapidaire, Montesquieu dit :
" Si j'étais souverain de ce pays, je fermerais les cafés, car ceux qui fréquent ces endroits s'y échauffent la cervelle. "

Madame de Grignan en 1669 :
" Racine passera, comme le café ".

Giuseppe Verdi :
" Le café est le baume du cœur et de l'esprit ".

Alphonse Allais dit :
" Le café est un breuvage qui fait dormir quand on en prend pas ! ". Il écrit aussi : " Tout passe en ce monde, sauf le café dans les mauvais filtres. "

De Georges Courteline :
" On change plus facilement de religion que de café. Le monde d'ailleurs se divise en deux classes : ceux qui vont au café et ceux qui n'ont vont pas. De là deux mentalités parfaitement tranchées et distinctes dont l'une - dont celles de ceux qui y vont - semble assez supérieure à l'autre. "

De Lucien Guitry :
" J'aime les femmes chaudes et le café froid, car l'un et l'autre me permettent de gagner du temps ! "

Anton Tchekhov écrit :
" Si l'on vous sert une tasse de café, ne vous efforcez pas d'y trouver de la bière. "

Burt Lancaster dit :
" Je juge un restaurant par son pain et son café. "

De Orson Welles :
" Il y a trois choses, dans la vie, que je ne supporte pas : le café brûlant, le champagne tiède, et les femmes froides. "

Le dessinateur humoristique Philippe Geluck écrit dans " L'excellent du chat " :
" Boire un café empêche de dormir. Par contre, dormir empêche de boire du café. "

L'hispanique Ramon Gomez de la Serna écrit :
" Le café au lait est une boisson mulâtresse. "

Poétique

De l'Abbé Delille en1775 :

" Il est une liqueur au poète plus chère,
Qui manquait à Virgile et qu'adorait Voltaire,
C'est toi divin café dont l'aimable liqueur,
Sans altérer la tête, épanouit le cœur,
Mon idée était triste, aride, dépouillée,
Elle rit, elle sort richement habillée,
Et je crois, du génie éprouvant le réveil
Boire dans chaque goutte, un rayon de soleil. "

De Talleyrand en 1812 :

" Noir comme le diable
chaud comme l'enfer
pur comme un ange
doux comme l'amour ".

De Arthur Rimbaud :
" Divin café dont le goût reste toute la journée dans la bouche ".

Réconfortant, Napoléon dit :
" Le café fort me ressuscite, il me cause comme une cuisson, un rongement singulier, une douleur qui n'est pas sans plaisir. J'aime mieux alors souffrir que de ne pas souffrir. "

Alexandre Dumas dans " Les Mohicans de Paris " de 1827 écrit :
" Ah ! dit-il en poussant son neveu sur un fauteuil, assieds-toi là, moi ici, et prenons notre café en philosophes qui apprécient ce qu'il a fallu de temps, d'événements, d'hommes de génie, de grands rois, de soleils ardents pour préparer ces deux substances savoureuses cueillies aux antipodes du monde, et qu'on appelle le martinique et le moka ! "

Jean Giono dans " Que ma joie demeure " écrit :
" Marthe versa le café sec sur la passoire. Ca sentait déjà fort. Le feu, le chant de l'eau, l'odeur du café étaient une maison beaucoup plus solide que la ferme. On pouvait s'abriter là-dedans beaucoup mieux que dans toutes les constructions de pierre. (…) Ca donnait envie de s'asseoir près du feu, la tasse chaude dans la main, et de boire par petites lippées. "

Sylviane Agacinski dans le Libération du 9 mars 2002 écrit :
" Il y a des jours où le bonheur minuscule du café du matin ne vient pas à bout des nouvelles du jour. "

En chansons

De Pierre Dudan en 1940 :

" On prend l'café au lait au lit
Avec des gâteaux et des croissants chauds
C'que ça peut être bon, nom de nom !
Par la fenêtre on entend
Les cloches des vaches dans les champs
O li o lé, vive le café au lait !

De Yves Montand :

" Planter café,
C'est pas pour les gens fragiles,
Y a qu'à s'baisser,
Mais c'est ça qu'est difficile.
C'est chaud, l'été,
Le soleil pèse des tonnes.
Il s'fait porter
Et c'est trop pour un seul homme.
Moi j'ai déjà mal aux bras
Quand je pense qu'il faudra
Cueillir café
Quand la fleur tombe des branches
Et mélanger
La semaine et les dimanches. (…)
Rêver café,
Je ne connais rien de pire
Pour m'énerver
Ca m'empêche de dormir. "

De Serge Gainsbourg :

" J'aime ta couleur café
Tes cheveux café
Ta gorge café
J'aime quand pour moi tu danses.
Alors j'entends murmurer
Tous tes bracelets
Jolis bracelets
A tes pieds ils se balancent.
Couleur café
Que j'aime ta couleur café (…)
L'amour sans philosopher
C'est comme le café
Trop vite passé
Mais que veux-tu que j'y fasse. "

De Karen Blixen, " Out of Africa " :
"Toute la région qui s'étend autour de Nairobi, au nord surtout, est plantée de café et peuplée de gens qui ne pensent qu'au café, au café qu'il faut planter, tailler, récolter, au café dont on rêve la nuit, toujours préoccupé d'améliorations à apporter à une culture délicate. "

De Saint-Exupéry :
" Ainsi la joie de vivre se ramassait-elle pour moi dans une première gorgée parfumée et brûlante, dans ce mélange de lait, de café et de blé. "

De Gérard de Nerval :
" J'aimais beaucoup le café fréquenté par mes amis persans, à cause de la variété de ses habitués et de la liberté de paroles qui y régnait. "

De Pierre Loti :
" On avait, suivant la couleur et la forme consacrées, apporté à Aziyadé son café turc dans une tasse bleue posée sur un pied de cuivre, et grande à peu près comme la moitié d'un œuf. "

De Paul Morand dans " La route des Indes ":
" Par le thé, l'Orient pénètre dans les salons bourgeois ; par le café, il pénètre dans les cerveaux. "

Proverbe turc :
" Le café doit être noir comme l'enfer, fort comme la mort, doux comme l'amour. "

Ineffable, De Abd El -Kader :
"Ô café, tu dispenses tes bienfaits, tu es la boisson des amis de Dieu, tu donnent la santé à ceux qui se fatiguent pour acquérir la sagesse. Seul l'homme de bien, qui boit le café, connaît la vérité. Le café est notre Dieu :là où il est servi, on jouit de la société des meilleurs des hommes. Que Dieu veuille que les calomniateurs de cette boisson ne puissent à jamais la boire. "